<p>Rédacteur en chef du Temps, (ex-rédacteur en chef de Bilan)</p>

Depuis le 1er janvier 2015, Stéphane Benoit-Godet dirige la rédaction du quotidien Le Temps. Il était le rédacteur en chef de Bilan de 2006 à 2015. Auparavant, il a travaillé pour les quotidiens La Tribune de Genève et Le Temps 1998-2003), journal dont il a dirigé la rubrique économique (fin 2000 à mi-2003). Juriste de formation, Stéphane a fait ses études en France à l'Université d'Aix-Marseille III. 

 

 

Que faire de nos vieux?

Faut-il repousser l’âge de la retraite à 67 ans? La proposition des milieux patronaux tombe sous le sens. La durée de vie s’allonge, les caisses des systèmes de retraite se retrouveront à terme vides du fait qu’il y aura bientôt plus de vieux que de jeunes et que les jobs s’avèrent en moyenne moins pénibles physiquement qu’avant. Bref, l’affaire semble entendue. Vraiment? Vous êtes sûr que demain vous engagerez sans un battement de sourcils un monsieur de 58 ans aux RH, à l’informatique, aux finances ou une dynamique sexagénaire pour booster votre com’? Bien sûr que non! Cela me rappelle l’histoire d’une amie qui effectuait de la levée de fonds pour une association s’occupant de personnes âgées isolées. Cette dernière avait tout naturellement tapé à la porte d’une connaissance active dans la finance qui lui avait sèchement répondu: «Déjà que je ne vais pas voir ma mère à l’EMS, tu crois sincèrement que je vais donner quelque chose à tes bonnes œuvres?» L’anecdote qui semble concerner une seule personne touche en fait à l’universel. Nous avons collectivement un problème avec le vieillissement. Il n’y a jamais eu autant d’hommes et de femmes dans l’histoire de l’humanité qui ont décidé de faire moins que leur âge. Des industries entières se sont bâties là-dessus, des cosmétiques en passant par la médecine, le tourisme des croisières hors-saison, l’entertainment et une bonne partie des médias, notamment. Nous développons des stratégies individuelles et de groupes pour mettre la vieillesse à distance, le plus loin possible de nos préoccupations quotidiennes. On ne dit d’ailleurs plus vieux, sauf à propos des objets ou des animaux (et encore, je sens que pour ces derniers cela va changer), mais senior. Et maintenant il faudrait faire comme si tout cela n’existait pas? Foutaises! La solution pour sauver le système de retraite se trouve sûrement ailleurs. Dans beaucoup de professions, il y a un avantage à vieillir. Alors que nous avons toujours une vision du monde du travail qui date de la révolution industrielle, il faut faire en sorte désormais que les jobs où l’expérience prime sur la résistance physique puissent s’exercer beaucoup plus longtemps. Les cols bleus à la retraite à 65 ans et les autres à 67 ans voire beaucoup plus sur une base volontaire, ce serait une manière intelligente de passer d’une solidarité à une autre. Finie l’entraide intergénérationnelle entre les jeunes et les vieux imposée par l’ancien système! Et bienvenue à un régime où ceux qui ont du plaisir et la capacité de poursuivre leur carrière au-delà de l’âge actuel de la retraite puissent le faire, notamment comme indépendants. Dans bien des métiers, les experts qui ont de la bouteille restent les meilleurs conseillers dont puissent rêver un CEO.

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