Banquiers anonymes

Bud Fox et ses acolytes dévoilent les dessous de la place financière genevoise. Ce collectif de banquiers anonymes a décidé de dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas.

Le blues du banquier dinosaure

«Bienvenue! Vous allez être bien chez nous, vous verrez, j’y ai fait ma carrière.» C’est la première phrase que j’ai entendue lorsque j’ai été engagé dans une des grandes banques suisses.

À l’époque, les banques se menaient une concurrence assez féroce sur le marché de l’emploi, et pas uniquement entre Credit Suisse et UBS, des noms comme la SBS ou la Banque Populaire Suisse rappelleront des souvenirs à certains.

Ma première journée, je m’en souviens comme hier. Le responsable des Ressources Humaines nous avait accueillis dans la «grande famille». J’allais bénéficier d’avantages comme un accès au club de sport de la banque, une section de sports & loisirs, une cafétéria, des rabais dans des commerces, et j’en passe.

Aujourd’hui, lorsque je raconte mes débuts à un «jeune», il me demande si je travaille chez Google ou un autre géant de la Silicon Valley, mais certainement pas dans une banque.

En effet, les temps ont bien changé. Le «management by objectives» est passé par là, le graal des dirigeants, sans parler du fameux cost-cutting… Assez souvent proche du ridicule.

Lors de mes 5 ans de service, j’ai reçu un cadeau de la banque pour me remercier de ma fidélité, et ce tous les cinq ans supplémentaires. Malheureusement, cela aussi été sacrifié sur l’autel des économies.

Aujourd’hui, je passe plus de temps à remplir et compléter des formulaires, des questionnaires à propos de clients… qui sont clients de la banque depuis plus de 20 ans. Le service compliance me demande pourquoi tel client transfert de l’argent, si je connais le bénéficiaire, etc…

De Gestionnaire, je suis devenu Tax, Regulatory, Private Investigation Manager, et tout cela parce que le monde bouge. La paranoïa qui règne va contre le bon sens et devient préjudiciable au développement des affaires car le risque de réputation est le nouveau leitmotiv.

Le fameux «disclaimer» est arrivé. On avait rigolé en apprenant que les modes d’emplois des micro-ondes américain avertissaient de ne pas mettre d’animaux vivants dans l’appareil, ou que les conditions générales d’iTunes interdisaient d’utiliser le programme pour développer des armes nucléaires. Aujourd’hui, je ris jaune de cette bêtise car il faut tout prévoir, tout envisager… afin d’avoir un bouc-émissaire tout trouvé en cas de problème.

Demain, j’accueille un jeune: «Bienvenue! (et de me dire dans ma tête) Ne vous inquiétez pas, vous n’allez pas faire carrière chez nous, et je doute que vous restiez dans la banque».

Heureusement, à la fin de ce mois, je pars en pré-retraite après plus de 40 ans de bons et loyaux services… Hier, j’étais fier d’appartenir à cette banque, aujourd’hui je me contente d’un simple: «Oui, cela fait longtemps que je travaille pour la banque.»

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