Antoine Verdon

ENTREPRENEUR ET INVESTISSEUR, ZURICH

Antoine Verdon crée sa première société, Sandbox SA, après des études de droit à Fribourg et à Saint-Gall, puis dirige un fonds d'investissement basé à Zurich, actif dans les fintechs. Il conseille actuellement plusieurs banques en matière de digitalisation et lance un nouveau projet à l'intersection de la technologie et du secteur juridique. En 2010, il est nommé par le magazine L'Hebdo parmi les « 100 personnalités qui font la Suisse romande ».

Quand les géants du net ont pignon sur rue

Ces dernières années, le commerce de détail a subi des métamorphoses drastiques et un tri impitoyable s’est opéré entre les magasins traditionnels sachant gérer les nouveaux impératifs du web et les autres. Les difficultés de la dernière chaîne nationale américaine de librairies Barnes & Nobles, récemment remise sur le devant de la scène avec l’annonce de la démission de son CEO William Lynch, sont emblématiques de ce qui semble être la mort annoncée des espaces physiques consacrés au commerce de détail, au profit d’entreprises telles qu’Amazon, Ebay, Alibaba, ou autre Net-à-Porter.

Comment expliquer alors que certaines marques, présentes uniquement en ligne, se mettent à ouvrir des enseignes ayant pignon sur rue? En effet, alors que les entreprises traditionnelles investissent dans les boutiques en ligne et les applications mobiles, les géants du web inaugurent des espaces bien réels, avec des murs et des rayonnages, dans les lieux emblématiques des métropoles.

Un bon exemple est le site internet américain Warby Parker, qui propose des lunettes de vue design à des prix imbattables et a connu un vif succès grâce à un système d’essayage et d’achat en ligne très innovant. La marque est en train de se doter de plusieurs enseignes physiques aux Etats-Unis qui – à la différence des boutiques traditionnelles – sont moins destinées à la vente qu’à la mise en scène de la marque (les boutiques, bien situées, ressemblent à des bibliothèques classiques, en phase avec les aspirations intello-chic du public cible).

De même, les 350 Apple Stores ont eux aussi davantage pour but « d’éduquer le client à la marque » par le service, l’ambiance et l’expérience du produit, que de finaliser des ventes qui auront le plus souvent lieu en ligne. Les lieux d’achats online et offline ne constituent donc pas des doublons, mais bien des espaces complémentaires, où la vente s’effectue principalement en ligne et où l’espace physique sert de showroom, c’est-à-dire de lieu d’exposition. Cette tendance a du reste un terme consacré, le « showrooming ».  

L’étape suivante? Des boutiques physiques où l’on dépense de l’argent avant de ressortir… sans ses achats : le client se promène dans les rayons et scanne les articles qui lui plaisent avec son smartphone, sur lequel il finalise l’achat de l’objet qui lui sera livré à domicile. Cela permet aux marques de se concentrer sur le service et l’expérience et d’offrir un très grand nombre de produits sans se soucier de l’inventaire des magasins. Dans cette forme de vente hybride, les smartphones font office de pont entre offline et online. Ebay a fait office de précurseur dans ce domaine avec une série de pop-up stores ouverts l’année passée fonctionnant sur ce principe.

Les magasins ne vont donc pas disparaître, mais pour survivre, ils vont devoir se transformer en lieux de découverte et d’échange afin de créer une vraie complémentarité entre enseignes physiques et commerce en ligne.

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