<p>Executive chairman de Teads</p>

Executive chairman de Teads, Pierre Chappaz, 56 ans, préside depuis Genève, la plateforme de vidéo publicitaire mondiale. Créée en 2011, Teads (contraction de Technology et Advertising) est maintenant présent dans 18 pays et fournit sa technologie aux plus grands medias du monde dont Bilan.

Français, Pierre Chappaz est établi dans la région genevoise depuis 2000. Il a fondé le comparateur de prix sur Internet Kelkoo puis l’a revendu à Yahoo! en 2004. Après quelques mois à la présidence de Yahoo! Europe, il reprend l’initiative en fondant plusieurs startups (Wikio, Netvibes, Ebuzzing, Photobox...). Pierre est un blogueur très actif: visitez son blog personnel http://pierrechappaz.overblog.com/ et son blog politique libertarien.overblog.com.

Quand la bulle éclatera...

Les conséquences de la décision de la Banque nationale suisse (BNS) d'attacher le franc suisse à l'euro sont rarement discutées. Il s'agit pourtant d'une action dont les conséquences vont bien au-delà de la Suisse.

Face aux anciennes monnaies européennes, puis face à l'euro, le franc suisse a historiquement toujours été dans le sens de la hausse. Un pays plutôt bien géré, un centre financier puissant, tels sont les deux principaux facteurs qui ont de tout temps fait de la monnaie helvétique une monnaie-refuge.

Avec la crise de l'euro à partir de 2010, la hausse du franc suisse a connu une accélération foudroyante, suscitant les inquiétudes des exportateurs de la Confédération, largement relayées par la presse.

La BNS a donc décidé en septembre 2011 de mettre un terme à cette hausse, en fixant un cours maximum de 1 euro = 1,20 CHF. Depuis, elle soutient l'euro en procédant à des achats "illimités".

On ne saura jamais ce qui se serait passé si la BNS n'avait pas décidé d'arrimer le franc à l'euro. Les industries exportatrices suisses auraient sans doute souffert pour un temps, mais on peut penser que leur positionnement haut de gamme et leur habitude ancienne d'une monnaie forte leur auraient finalement permis de s'adapter sans trop de casse. De plus, d'autres armes étaient à la disposition de la banque centrale suisse pour ramener le franc à un niveau plus aisément supportable: des taux d'intérêt négatifs par exemple.

On ne le saura jamais, mais ce qu'on sait maintenant, c'est que cette décision a des conséquences très difficilement réversibles.

Pour défendre le franc et donc l'empêcher de monter au-delà du cours fixé, la BNS achète des euros et d'autres devises. Déja près de 200 milliards d'euros qui sont placés en obligations d'Etat allemandes et françaises.

Après avoir failli collapser en 2012, la monnaie européenne remonte un peu en ce moment, grâce aux achats de la Banque nationale suisse, mais plus encore aux effets du 3e quantitative easing aux US et de la nouvelle politique d'expansion monétaire à outrance au Japon. Il y a une véritable course à la dévaluation entre les grandes devises: dollar, euro et yen, chacun espérant gagner des parts de marché à l'export.

L'euro va un peu mieux, mais ce n'est qu'un sursis car les problèmes économiques de la zone ne sont pas réglés, en particulier la divergence de compétitivité entre les économies du Nord et du Sud de l'Europe.

En l'absence de dévaluation possible de leurs défuntes monnaies nationales, les PIGS (Italie, Espagne, Grèce, Portugal) sont condamnés à baisser les salaires pour essayer de rattraper leur "gap" de compétitivité avec l'Allemagne. Mais la baisse de salaires est socialement beaucoup plus difficile à faire accepter à leurs populations qu'une dévaluation car elle réduit bien plus directement le pouvoir d'achat. En Grèce, les salaires des fonctionnaires ont déja été réduits de 30%. Et toute hausse de l'euro ne peut qu'aggraver la situation de ces pays.

La France, de son côté, ne fait rien de sérieux pour regagner sa compétitivité perdue. Elle est dans le déni, pour reprendre le terme employé en couverture de The Economist. Ce qui est paradoxal, c'est que la BNS favorise ce déni en achetant massivement les obligations d'Etat françaises, ce qui maintient les taux très bas. En voulant empêcher le franc suisse de monter, la BNS alimente la bulle de la dette en France!

La crise de l'euro va continuer de se diffuser dans l'économie réelle. Après les avoir droguées au crédit pas cher, l'euro ruine les économies du Sud de l'Europe.

Les taux de chômage vont donc monter en 2013 en Espagne, Italie, France. La dette de ces Etats aussi. La fuite en avant monétaire (la Banque centrale européenne qui prête aux banques pour qu'elles achètent la dette des Etats, etc ...) permet d'éviter l'explosion immédiate du système financier, mais elle fait encore gonfler la bulle d'endettement, qui fera d'autant plus de dégâts quand elle éclatera.

A la prochaine alerte sur l'euro, sommes-nous certains que la BNS va pouvoir en acheter assez pour défendre le cours de 1,20 ? Et si les digues devaient cèder, à quelles pertes devrait-elle faire face? Avec quelles conséquences pour la Suisse, l'euro et le système monétaire international ?

En vérité, les banques centrales, qui sont les grandes responsables de la crise d'endettement , se tiennent toutes par la barbichette. Si l'une défaille, elles tombent toutes.

En 2013, elles vont donc continuer à faire tourner leurs planches à billets, et ça peut durer encore un bon moment, à en juger par le Japon qui creuse sa dette allègrement au-delà des 200% du PIB. Un bon moment, mais pas éternellement.

On n'a jamais vu de bulle qui gonfle, qui gonfle ... et qui ne finisse pas par éclater.

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