Berenice Magistretti

EXPERTE DE L'ENTREPRENEURIAT ET DES STARTUPS

Après avoir obtenu un Bachelor en Relations Internationales de la London School of Economics, Bérénice a suivi avec un Master en Langue et Civilisation Française à la New York University sur le campus de Paris. Vu sa passion pour l’écriture, elle a travaillé comme rédactrice au sein de plusieurs publications, notamment le International Herald Tribune et L’Officiel Paris. Elle fait aussi partie du Young Advisory Committee de la Fondation Internationale pour la Population et le Développement, une ONG suisse qui finance des projets soutenant les femmes et les jeunes dans les pays en voie de développement. Quand elle n’écrit pas, Bérénice explore les quatre coins du monde: de l'Antarctique à l'Arabie Saoudite, en passant par Le Cap et Beyrouth, elle découvre le monde petit à petit!

Qu’y a-t-il en dehors de la Silicon Valley?

Nous sommes devenus blasés par les flux incessants de startups issus de la Silicon Valley. Les jeunes entrepreneurs, dopés par le rêve de devenir une licorne, tentent désespérément de réinventer une app déjà existante: le nouveau Uber, le nouveau Facebook, le nouveau Airbnb… Arrêtons-nous un moment et portons notre regard sur les projets innovateurs des entrepreneurs sociaux dans les autres régions du monde où l'on ne se soucie pas tellement de trouver une app qui arrosera nos plantes, mais où le vrai souci est de trouver de l’eau... « juste » ça. Important, n’est-ce pas? Une région, parmi tant d’autres: l’Inde.

 

Purifier l’eau en Inde

Environ trois quart des maladies en Inde sont dues à la contamination de l’eau, tandis qu'une grande partie de la population n’a toujours pas accès à l’eau potable. Une entreprise sociale a donc fait sa mission de résoudre ce problème fondamental. Fondée en 2008, Piramal Sarvajal conçoit et déploie des solutions innovantes pour créer un accès abordable à l’eau potable dans les régions les plus démunies d’Inde. Le nom de l’entreprise n’a pas été laissé au hasard vu que Sarvajal signifie « de l’eau pour tous » en sanskrit! 

Dans chaque communauté où elle opère, Sarvajal installe une station d’épuration ainsi qu’un distributeur d’eau façon Bancomat au travers duquel les consommateurs peuvent acheter des litres d’eau potable avec une carte prépayée. Vingt litres d’eau Sarvajal équivaut au prix d’une tasse de thé (environ 10 centimes). À ce jour, le nombre de consommateurs a atteint les 300'000 par jour, au travers de plus de 570 installations réparties sur 12 états. Un projet prometteur, donc! 

 

Des toilettes sèches au Pérou

Parfois, l’eau n’est pas nécessaire. C’est le cas au Pérou, où se trouve la deuxième capitale la plus sèche au monde: Lima. En prenant ceci en considération, Isabel Medem, née d’une mère péruvienne, a décidé de créer une solution sanitaire durable dans les bidonvilles de Lima: les toilettes sèches.

En 2012, Isabel et sa co-fondatrice Jessica Altenburger ont lancé x-runner, une startup basée à Küsnacht, en Suisse. Tout le travail opérationnel se fait cependant au Pérou. Le concept est simple: les clients intéressés s’inscrivent à un abonnement mensuel de $13 par mois qu’ils payent au travers de « bodegas », les mini supermarchés locaux. Les toilettes sèches sont ensuite importées de Suède où elle sont fabriquées, puis livrées et installées dans les bidonvilles. 

Vu qu’il n’y a pas de chasse d’eau, les excréments sont récoltés chaque semaine et convertis en compost qui peut ensuite être réutilisé comme engrais. Voilà un beau geste écologique! 

 

 Recycler le papier au Népal

Le surplus de déchets est un problème commun dans les pays en voie de développement. Les citoyens ne savent pas toujours quoi en faire ou ne sont pas forcément conscients du fait que certains déchets peuvent être recyclés. Le projet Green Circle au Népal se concentre justement sur ceci: sensibiliser les citoyens au recyclage.

Cette initiative sociale axée sur le recyclage de papier a été lancée par le Women Environment Preservation Committee (WEPCO) en 2002, et a récemment été reprise par la startup népalaise Blue Waste to Value. L’idée est simple: les entreprises et organisations s’abonnent et cotisent sur la base du nombre de leurs employés. Les membres actuels incluent, parmi d’autres, la Banque mondiale, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés et Etihad Airways.                                                    

L’équipe du Green Circle récolte le papier auprès de ses membres abonnés une fois par semaine, ou par mois, selon ce que les membres préfèrent. Une fois que le papier a été récolté, il est recyclé puis converti en objets comme des sacs en papier ou des albums photos, qui peuvent ensuite être revendus. Ce projet a aussi pour but d’aider les femmes à devenir plus entrepreneuriales étant donné que le projet fait appel aux femmes des communautés défavorisées pour effectuer ce beau travail.

 

Une éducation intelligente au Kenya 

Démocratiser l’éducation est un des piliers principaux de l’entrepreneuriat social. C’est ce que Toni Maraviglia, un ancien professeur, et Kago Kagichiri, un gourou de la tech, essaient d’instaurer en Afrique.

En 2012, les deux co-fondateurs ont lancé Eneza Education, une plateforme ed-tech qui a débuté au Kenya et qui inclut aujourd’hui le Ghana et la Tanzanie. L’idée? Livrer du contenu éducatif à des étudiants via trois plateformes différentes: l’internet, le smartphone (Android) ou le SMS classique via un mulika mwizi (un portable de base). Ceci permet aux utilisateurs de se connecter via diverses options, selon leur accès. Certains n’auront pas forcément une carte de crédit pour acheter l’app sur un smartphone et pourront donc utiliser leur crédit de téléphone pour avoir accès aux cours.

Avec plus de 800'000 utilisateurs à ce jour, l’entreprise grandit à pas de géant, visant à s’étendre au Nigéria et en Afrique du Sud d’ici la fin de l’année 2017.

Néanmoins, l’entrepreneuriat social n’est pas une activité entièrement réservée aux pays en voie de développement. Même un pays comme l’Arabie saoudite, riche de son pétrole, a des problèmes liés à la pauvreté. Un rapport publié par la Banque mondiale en 2013  a estimé que le taux de pauvreté atteignait les 12.7%.

 

Une app médicale en Arabie saoudite

Le système de santé en place est relativement bien établi dans le pays étant donné que chaque Saoudien a accès à une assurance maladie gratuite. Le problème se trouve dans les communautés défavorisées qui n’ont pas accès aux soins et ne sont pas nécessairement informées. Deux jeunes femmes saoudiennes essaient de changer cela. Dr. Shaista Hussain et la Princesse Sama Faissal Al Saud ont créé le Triage Project qui vise à coacher des volontaires dans le domaine médical. Elles ont déjà tenu trois séminaires depuis le début de l’année, à Djeddah et à Riyad.

Les co-fondatrices ont aussi lancé une app qui aide les volontaires à récolter toutes les informations médicales des patients de manière efficace et centralisée. L’app est en ligne depuis janvier et peut être téléchargée sur l’App Store et Google Play. Le système permet aux volontaires de déterminer l’urgence du cas grâce à un algorithme intelligemment incorporé. Si l’app affiche un drapeau jaune, le ou la patient(e) aura probablement besoin de soins dans le futur proche. Un drapeau rouge signifie une urgence médicale. Il est clair que la centralisation des données médicales au travers de l’innovation technologique pourra jouer un rôle important dans la modernisation du système médical en Arabie saoudite.

On retrouve donc de nombreuses idées innovantes en dehors de cette Mecque de l’innovation qu’est la Silicon Valley, non? 

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