Laurent Bakhtiari

MARKET ANALYST

Laurent Bakhtiari est diplômé d’un Master en Finance d’Audencia Nantes et d’un Master en mathématiques quantitatives d’Imperial College London. Fort d’une expérience de plus de 10 ans en salle des marchés au sein de diverses institutions financières telles que Merrill Lynch, BNP Paribas et Credit Suisse, Laurent livre régulièrement, à destination des médias et des clients, des analyses de marchés ainsi que des analyses macro et microéconomiques.

Qu’attendre de la réunion de la BCE?

Le taux d’inflation de la zone euro pour le mois de février a fortement déçu les attentes. En effet, il est sorti à -0.2%, alors que les analystes s’attendaient à 0%, en moyenne. Il s’agit là du plus bas chiffre depuis février 2015. C'est également la première fois où l’on se situe en territoire négatif depuis septembre dernier. Si l’on exclut la nourriture et l’énergie (qui sont, par nature, cycliques), on peut s’apercevoir que le niveau n’a jamais été aussi bas depuis avril 2015. Les coupables restent toujours les mêmes : le pétrole à des niveaux toujours très faibles, une demande atone etc…

Les dirigeants de la BCE s’inquiètent d’ailleurs de plus en plus du manque d’inflation et commencent même à parler de déflation. C’est le gouverneur de la Banque de France fraîchement nommé, François Villeroy de Galhau, qui a prononcé le « mot interdit » en premier. Son propos était d’ailleurs plus général car il avait sous-entendu qu’il fallait utiliser des moyens non conventionnels supplémentaires et le faire, dès le mois de mars.

L’idée d’une augmentation du montant alloué au quantitative easing n’est pas nouvelle. Au début du mois de décembre dernier, la BCE avait déçu les marchés suite à sa timide prise de mesure (baisse du taux de dépôt et extension de la durée du quantitative easing de 6 mois) et à la conservation du montant du QE. Depuis, Mario Draghi a, semble-t-il, reconsidéré la situation. En effet, le 15 février dernier, il a déclaré qu’en cas de baisse de l’inflation et du pétrole, la BCE "n'hésiterait pas à agir" lors du conseil du 10 mars. Toutefois, il n'avait pas donné d’indication précise sur les actions qu’il comptait mettre en œuvre.

Ainsi, nous comprenons bien que le chiffre sur l’inflation de février a marqué une étape cruciale quant aux décisions que la BCE prendra dans quelques jours. Il n’y a que très peu de doutes sur le fait que la BCE va et doit agir. Draghi avait conservé des munitions lors de la réunion de décembre pour justement évaluer la situation après quelques mois. La décision était pertinente mais elle nécessite désormais que le président de la BCE prenne les choses en main.

Mais la vraie question autour de ce meeting est de savoir ce qu’il faut en attendre. Et sur ce point, les avis du marché divergent. Concrètement, la BCE n’a que deux solutions : diminuer le taux directeur ou augmenter le montant du QE mensuel. Pour le moment, la BCE injecte 60 milliards d’euros par mois dans l’économie via le rachat d’obligations d’Etat notamment.

Il semblerait qu’un consensus se forme quant à une augmentation de ce chiffre, ce qui semblerait logique, étant donné qu’il s’agit de la seule donnée que la BCE n’a pas modifié en décembre dernier. Toutefois, pour le moment, aucun montant n’a filtré. Il semblerait, pour l’instant, assez improbable que la BCE agisse sur son taux de dépôt ou la durée du QE. Elle pourrait peut-être agir sur son taux directeur et le rendre négatif, ce qui serait une mesure très inattendue et qui devrait ravir les marchés.

Ainsi, la situation qui se présente à nous s’organise de cette manière : le marché sait que la BCE va agir dans quelques jours, ce qui explique les récents mouvements de l’euro, mais nous ne savons pas encore dans quelles proportions. De ce fait, il reste encore bien des incertitudes et cela va, indéniablement, provoquer de la volatilité sur la devise. Un investisseur qui cherche de la volatilité peut définitivement s’attendre à ce que, aux alentours du 10 mars, la monnaie unique lui procure une variation de gains fulgurante, dans un sens ou dans l’autre.

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