Le dégel du permafrost pèse sur les entreprises russes

L’impact du changement climatique sur les sociétés minières et énergétiques russes qui ont des activités dans des zones de permafrost est un risque qui doit être intégré dans le processus d’analyse. Par Willem Visser, analyste emerging market corporate credit, T. Rowe Price

Usine de gaz naturel liquéfié dans la région de Yamal.

Crédits: Kyodo news/Getty Images

Depuis plusieurs décennies, les températures en Russie dépassent la moyenne mondiale. Par conséquent, le permafrost – couche sous la surface de la Terre composée de terre, de roche et de sable maintenue par la glace –, qui couvre plus de la moitié du pays, est en train de dégeler. Ce phénomène n’est pas nouveau en Russie, mais la situation devrait s’accélérer en raison de la hausse constante des températures depuis 1970.

Les entreprises ayant des activités dans ces zones sont impactées par ce changement climatique, car il présente un risque matériel et peut affaiblir les fondations, voire endommager les infrastructures. Leurs frais d’investissement devraient augmenter, car il faudra davantage de contrôles que par le passé. L’entretien et des mesures pour renforcer les installations pourraient également être nécessaires, ce qui pèserait sur le budget des entreprises. Les activités en amont de l’industrie pétrolière et gazière sont vulnérables, avec une production proche de 90% pour le gaz et de 30% pour le pétrole dans des zones de pergélisol. Les risques pour l’industrie gazière sont d’autant plus grands que le gaz doit être traité à proximité des puits de production avant de pouvoir être transporté. Les entreprises ayant des activités intermédiaires dans l’industrie pétrolière et gazière sont également potentiellement à risque, car le transport se fait par rail et par des pipelines qui traversent de grandes sections de pergélisol.

Examiner le niveau de vulnérabilité

Pour les entreprises exposées au risque de dégel, nous évaluons trois facteurs clés:

La localisation des infrastructures: certaines régions sont plus vulnérables que d’autres. Les entreprises ayant des actifs dans les régions de Yamal, de Pechora et de Yakutia sont plus à risque, car le permafrost y est constitué de glace qui dégèle généralement plus facilement.

L’état des biens: dans quelle mesure les installations de support se sont-elles détériorées? L’ancienneté de l’infrastructure est également clé parce qu’une entreprise moderne est censée mieux résister aux risques de dégel et de changement de température.

La capacité d’investissement: le bilan d’une entreprise est analysé. De manière générale, la plupart des émetteurs russes bénéficient de profils financiers solides et devraient être en mesure d’absorber des investissements supplémentaires. Dans certains cas, ils peuvent chercher à compenser les coûts plus élevés en réduisant les dividendes ou en levant des fonds en émettant de nouvelles obligations.

L’évaluation de ces trois facteurs clés permet de classifier les entreprises selon leur niveau de vulnérabilité. L’impact du changement climatique sur les sociétés minières et énergétiques russes qui ont des activités dans des zones de permafrost est un risque qui doit être intégré dans le processus d’analyse, car il va probablement engendrer des coûts d’investissement futurs plus élevés. Notre analyse en ce sens nous aide à évaluer le niveau de vulnérabilité et la manière dont il pourrait affecter la viabilité économique à long terme d’une entreprise.

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