Bilan, le vent dans les voiles depuis trois décennies

«Lorsque le premier numéro de bilan a été lancé, l’économie romande flambait. Elle était même en surchauffe totale»

C’était un autre temps, un temps où la pub abondait et la presse écrite rayonnait. En mars 1989, quand l’équipe fondatrice de ce magazine s’est réunie pour la première fois pour élaborer la maquette, le «chemin de fer» et la stratégie de lancement du premier numéro, l’économie romande flambait. Elle était même en surchauffe totale. Douze mois plus tard plus tard, à la suite des premiers arrêtés fédéraux urgents et de la montée brutale des taux hypothécaires, la bulle immobilière devait éclater et entraîner l’économie suisse dans une récession sévère et durable.

Mais au printemps 1989, alors que le dégel s’amorçait dans le bloc soviétique, rien ne pouvait émousser l’enthousiasme des pionniers de Bilan. Outre les représentants du marketing, le tour de table rassemblait notamment Max Mabillard, premier rédacteur en chef, Carole Lambelet, brillante journaliste économique, Marcel Pasche, directeur général d’Edipresse, Alain Fabarez, directeur de L’Agefi et représentant de l’entreprise JLSS, Jean-Louis Servan-Schreiber, premier président de la société éditrice.

Ménage à trois

Bilan fut en effet le fruit d’un ménage à trois entre Edipresse, initiateur du projet, L’Agefi et JLSS, éditeurs d’Agefi magazine qui disparaissait au profit de Bilan, et Bilanz, le magazine alémanique dont s’inspirait Bilan. Les premiers numéros mentionnent d’ailleurs L’Agefi en sous-titre de couverture. L’accord avec le groupe ami-concurrent avait d’ailleurs fait l’objet d’un voyage mémorable à Paris, au siège du groupe Expansion, où JLSS avait reçu les Suisses avec toute la pompe dont les Servan-Schreiber étaient capables: menu de grand chef, cigares, cognac alors que lui-même se contentait d’une modeste assiette végétarienne.

En mai paraissait le numéro zéro, avec la photo de Jean-Pascal Delamuraz en couverture, tandis que l’équipe rédactionnelle achevait d’être constituée pour sortir le premier numéro, prévu pour juin, avec le «banquier fusée» Bernard Sabrier en couverture. De mon côté, j’étais entièrement absorbé par la rédaction d’un grand dossier sur l’immobilier à Genève, intitulé «Pourquoi Genève se rue sur la pierre» et «Ceux qui possèdent Genève». Inutile de préciser que nombre des magnats de la pierre mentionnés dans l’article allaient  continuer à rester à l’affiche de Bilan, mais dans la rubrique «poursuites et faillites», tandis que les banques locales exagérément exposées aux crédits immobiliers comme la Caisse d’épargne et la Banque hypothécaire, qui venaient de se doter de sièges luxueux, se voyaient contraintes de fusionner en catastrophe.

S’adapter aux crises

Les premiers mois furent donc triomphants, avec des numéros qui dépassaient parfois les 200 pages: 100 pages rédactionnelles, 100 pages de pub. Qui peut faire ça aujourd’hui? La mode du téléphone portable commençait à peine, le CERN se penchait tout juste sur le world wide web et internet était un mot parfaitement inconnu des médias.

L’histoire allait montrer qu’il allait falloir s’y habituer et s’habituer aux récessions qui, jusqu’à la crise de 2008, allaient laminer les médias traditionnels. En trente ans, Bilan a prouvé qu’il pouvait survivre et s’adapter à toutes les crises, économiques ou technologiques. Il n’y a aucune raison qu’il n’en aille pas autrement durant les prochaines trente années!.

Guy Mettan, directeur exécutif du Club suisse de la presse, membre fondateur de Bilan

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