Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PUBLIC/Le "top-ten" des musées mondiaux pour 2014

Nombre d'exemplaires vendus pour un livre. Comptabilisation des entrées quand il s'agit d'un film. Montant des encaisses avec les maison d'enchères. Nous vivons à l'heure du quantitatif, et non plus du qualitatif. Tout le monde s'en plaint, non sans hypocrisie. Pourquoi faut-il que les médias dénonçant le plus la dictature des chiffres soient-ils ceux qui les citent le plus souvent? Beaucoup de ceux que vais citer ici proviennent ainsi du vénérable «Giornale dell'arte» italien d'avril 2015. Un mensuel prônant pourtant une culture pure et dure... 

Il faudrait des pondérations avant d'établir le «hit parade» des musées internationaux et des grandes expositions. Le journal en question ne s'en donne guère la peine. On ne peut pourtant pas juger à la même aune les Offices de Florence, dont la jauge reste minuscule (d'où des heures d'attente), et celle du Metropolitan Museum of Art de New York. Il semble non moins difficile de comparer le British Museum, dont l'entrée demeure gratuite (comment opère-t-il le décompte, au fait?), avec le Louvre, dont les tarifs augmentent régulièrement. Il existe un contrôle de sécurité drastique des visiteurs au Vatican. Aucun à la Tate Modern. Il devient par ailleurs clair qu'afin der plaire aux subventionneurs et sponsors la direction des certaines institutions fait valser l'anse du panier. L'une d'elles m'a ainsi une fois proposé «les vrais chiffres», ce qui laisse supposer qu'il en existe de faux...

Régression interdite

N'empêche que la contrainte est là. Il faut faire toujours plus, et surtout ne jamais régresser. Un chose le prouve. Le Louvre est resté No1 mondial en 2014 avec 9.260.000 entrées. Ce résultat indique cependant une baisse de 0,8%. Catastrophe! Heureusement que l'accueil des publics passe depuis un an avant les collections. Le directeur peut dès lors annoncer un objectif de 12 millions par an dès 2015. Un retournement de veste pour Jean-Luc Martinez, qui a dû se faire remonter les bretelles. L'homme assurait lors de sa nomination, il y a deux ans, avoir une vision qualitative de sa fonction. N'annonce-t-il pas par ailleurs que le contestable Louvre d'Abu Dhabi, où 7500 ouvriers (pas toujours les mêmes, j'espère) travaillent 24 heures sur 24, constitue désormais «sa priorité»? 

Mais trêve de préambules. Voici les chiffres de 2014 pour les musées. 

1. Louvre, Paris, 9.260.000 (-0,8%)

2. British Museum, Londres, 6.695.213 (-0,1%)

3. National Gallery, Londres, 6.416.724 (+6%)

4. Metropolitan Musum of Art, New York, 6.162.147, qui était 3ème en 2013.

5. Musei Vaticani, Rome, 5.891.332

6. Tate Modern, Londres, 5.785.427. Le musée grimpe d'un rang.

7. National Palace Museum, Taipei, Chine nationaliste, 5.402.325. Le musée grimpe d'un rang.

8. National History Museum, Londres, 5.388.295. Le musée perd régresse de deux places.

9. National Gallery of Art, Washington, 3.892.459.

10. National Museum of Corea, Séoul, 3.536.677. Le musée gagne cinq places. Il devance désormais (ou seulement pour 2014) le Centre Pompidou, le National Folk Art de Séoul, le Victoria & Albert Museum de Londres et le MoMA de New York, Orsay restant stable à la 11e place.

Précisons qu’aucun institution suisse ne figure dans les 100 premiers du classement. Il faut dire que la barre se situe haut. Le 100e (qui se trouve au Brésil) a tout de même attiré 633.253 personnes.

Manque de critères

Je ne refléterai pas la liste des expositions, qui ne me semble rien signifier. Pourquoi mettre sur un plan identique ce qui reste gratuit et ce qui est payant? Comment ne pas voir la ruse grossière de certaines institutions? En imaginant des billets «tout compris, elles peuvent compter chaque personne ayant franchi son seuil comme visiteur de l'exposition temporaire. L'Accademia de Florence joue très bien ce petit jeu. Tout individu y ayant vu le «David» de Michel-Ange se voit compté dans le public des salles temporaires, parfois désertes.

Et les chiffres genevois pour 2014? 

 

Et Genève, maintenant? La Ville vient d'envoyer à la presse un communiqué. C'est la seconde fois qu'elle le fait, après 2013. «En 2014, les quatre musées municipaux ont accueilli 604.167 visites et continuent à jouer le rôle d'acteurs régionaux et internationaux en attirant des habitants d'autres cantons et de pays étrangers.» Encore heureux! Les Musées d'art et d'histoire (Musée Rath, Cabinet des arts graphiques et Maison Tavel compris), ont retenu 237.981 personnes. Le Musée d'histoire naturelle, couplé avec celui d'Histoire des sciences, a attiré 283.871 visiteurs. L'Ariana en a accueilli 47.385. Pour ses deux mois d'activité après réouverture, le MEG en a enfin reçu 35.000. 

Pour ce qui est de la nature des dits visiteurs, on en arrive presque au moitié-moité, comme pour certaines fondues. Les Genevois et les gens de l'extérieur sont en moyenne presque à égalité. L'Ariana se révèle cependant plus international que le Musée Rath, qui possède «un public local et fidèle». Avec la tapisserie flamande. Avec Gustave Coubet. Avec les budgets de décor. Sans commentaire...

Photo (DR): La file d'attente interminable pour entrer aux Offices de Florence. Vu sa très petite jauge, le musée florentin n'a pu recevoir "que" 1.935.918 visiteurs en 2014.

Prochaine chronique le mardi 28 avril. Venise prépare sa Biennale, qui ouvre presque en même tmps que l'"Expo" milanaise. Une bonne idée, vraiment?

 

 

 

 

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