RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

Protection des données: hypocrisie!

A trop vouloir protéger le citoyen lambda, on finit par lui créer des problèmes. Voilà en résumé la synthèse de la récente entrée en vigueur du Règlement général sur la protection des données (RGPD) au sein de l’Union européenne et de la Suisse. 

Ce règlement, qui remplace la directive sur la protection des données personnelles, apporte certes quelques améliorations. Citons, par exemple, le fait qu’une entreprise doit désormais annoncer lorsque des données ont été hackées et que des données personnelles ont été touchées. Comme vient encore de le faire la compagnie aérienne British Airways à propos du vol des données de 380 000 clients. Ou encore que de nouvelles contraintes ont été mises en place concernant la manière dont les données sont traitées. 

Cela étant, rien n’interdit le traçage des utilisateurs à grande échelle via les cookies, ni l’accès à la caméra et au micro des smartphones une fois qu’on a accepté les conditions d’utilisation. C’est là que se posent d’autres problèmes. 

D’une part, qui peut prétendre lire réellement les dizaines de pages au contenu très juridique relatives au changement des conditions d’utilisation? 

D’autre part, toutes les entreprises ayant récolté des données personnelles et se retrouvant désemparées face à l’entrée en force du RGPD se sont dépêchées d’envoyer des mails à tout un chacun. Lorsqu’il s’agit d’un courrier électronique demandant de réagir uniquement si l’on refuse les nouvelles règles en vigueur, le citoyen n’a pas à se fendre d’un mail d’approbation. Le problème qui survient, notamment avec la plupart des applications pour les smartphones, c’est que si le client souhaite refuser les nouvelles conditions, il se voit exclu. Fini l’usage d’un Facebook, d’un WhatsApp ou l’accès à des sites web. A trop vouloir protéger le consommateur, celui-ci finit par se voir bannir, faute d’avoir accepté la totalité des clauses proposées. Il n’y a aucun débat possible. 

Les effets collatéraux d’un juridisme absolu n’ont pas fini de surprendre. Pourquoi les nombreux élus européens n’ont pas tenté d’infléchir les excès de zèle de certains fonctionnaires trop empressés, sans doute conseillés par des experts pas toujours remplis de bon sens. Tout n’est pas à jeter dans le RGPD, bien au contraire, notamment le droit à l’effacement ou le droit à recevoir les données à caractère personnel nous concernant. Par contre, d’autres clauses semblent plus abusives. Et surtout, leurs retombées sont clairement liberticides. Le RGPD a eu pour conséquence de devoir avaler des couleuvres faute de réel choix. Refuser les nouvelles conditions d’utilisation nous expose à l’exclusion des réseaux sociaux, entre autres. Autrement dit, de quel choix le citoyen dispose-t-il réellement? Cela laisse présager le pire quant au futur de l’assurance maladie de base, par exemple.

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