Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

Printemps pourri et réchauffement

Après le printemps froid, un été pourri serait le meilleur moyen de torpiller les conclusions du GIEC qui doivent enfoncer le clou du réchauffement climatique en septembre. Ensuite, jusqu’au Sommet sur le climat de 2015, on revivrait la séquence de 2007 à 2009, quand, entre la publication du quatrième rapport du GIEC et le Sommet de Copenhague, le climato-scepticisme l’a emporté.

Bien sûr, les climatologues s’évertuent à expliquer qu’un épisode de froid exceptionnel ne remet pas en cause leurs modèles. Ils disent aussi que le rythme du réchauffement a connu un plateau depuis quinze ans. Mais rien n’y fait. Aux premiers frimas, leurs modèles sont sous le feu des critiques. S’il est légitime de s’interroger sur le réchauffement climatique, on peut aussi être sceptique à l’égard du climato-scepticisme.

Passons sur le fait que les climato-sceptiques ne se recrutent pas parmi les climatologues dont tous les modèles (25 dans le monde) convergent pour démontrer l’effet réchauffant des gaz à effet de serre. Arrêtons-nous plutôt sur ce constat troublant: pourquoi, si ces modèles sont faux, les climato-sceptiques concluent-ils systématiquement à une surestimation du réchauffement?

L’erreur pourrait aussi bien aboutir à le sous-estimer. Curieux comme cette question n’est jamais abordée… A cela s’ajoute une incompréhension fondamentale.

Contrairement à certaines thèses climato-sceptiques reposant sur des statistiques manipulables (il suffit de partir de 1998, année d’un El Nino exceptionnellement chaud, pour nier le réchauffement depuis), les modèles climatiques sont une grille de représentation de l’ensemble des phénomènes physiques qui forment le climat.

Ils ne prévoient ni son calendrier ni sa géographie précise mais donnent une tendance à long terme avec une certaine marge (+2 à+4,5 degrés en moyenne à la fin du siècle par exemple). Les climatologues ont conscience de l’imperfection de ces modèles. Ils savent aussi que, depuis trente ans, ils pointent tous dans la même direction avec toujours plus de robustesse.

Les climato-sceptiques avancent aussi des arguments économiques. En bref, les climatologues seraient des fonctionnaires qui maintiennent une illusion synonyme de gros budgets de recherche.

Passons sur l’insulte pour nous arrêter sur ce mobile de l’argent. Qui a le plus à gagner? Le climatologue inconnu qui touche un salaire pour confirmer ce que 97% des scientifiques affirment depuis 1991 ou le climato-sceptique qui dénonce ce consensus à coup de best-sellers, de conférences et d’études parfois grassement payés par les lobbys des hydrocarbures comme l’a démontré le journaliste Stéphane Foucart dans son livre Le populisme climatique?

De plus, si l’argent est leur mobile, il est surprenant qu’aucun climatologue n’ait songé à trahir son camp avec la certitude d’une notoriété aussi immédiate que mondiale…

Une caricature

Reste la question du mobile idéologique. De nouveau, pour faire bref, les climatologues seraient une bande d’écolos convertis à la décroissance. Dans ces conditions, pourquoi la Chine, qui a longtemps résisté à l’idée de brider sa croissance avec des objectifs de réduction des émissions de CO2, multiplie-t-elle maintenant les signaux qu’elle est prête à adopter de telles mesures?

De plus, les climato-sceptiques sont eux-mêmes des idéologues. Beaucoup confondent la défense du libéralisme avec celle de la ploutocratie, en dépit des avertissements de Friedrich Hayek à ce sujet.

A titre d’exemple, un employé administratif de l’EPFL s’est fait pincé pour avoir plagié, dans un livre qui nie l’effet de serre, le site Wikibéral. Cela n’empêche pas ce dernier de toujours référencer cet auteur sans évoquer ne serait-ce qu’un soupçon.

Caricature d’esprit critique, le climato-scepticisme est dévastateur. Car à force de dire qu’il sera trop tard pour agir, cela va le devenir.

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