Veillet Thomas

FONDATEUR INVESTIR.CH

Thomas Veillet, 45 ans et des poussières, plus de vingt ans dans des salles de trading, blogueur, trader, râleur et plein d’autres choses. Thomas a passé pas mal de temps dans les grandes banques de la place, a été un banquier conforme avant de passer au non-conformisme. La création du «Morningbull» aura été le début d’un changement de direction vers plus d’indépendance. Aujourd’hui, il essaie de vulgariser le monde de la finance et de le raconter avec un angle décalé, histoire de prouver que ça peut aussi être drôle. Il y a bientôt deux ans, il a co-fondé le site Investir.ch, qui s'est rapidement imposé comme un des sites financiers romands - un site qui parle de finance sans détour, sans artifice et qui a une forte tendance à penser "outside the box" quand tout le monde est inside...

Prévisions 2017, le cirque est lancé!

Nous sommes à la fin du mois de novembre; dans 15 jours, nous serons en décembre et les éminents membres de la finance internationale seront soudainement bien plus préoccupés par les « Christmas Parties » organisées par leurs contacts, clients et autres employeurs (pour ceux qui ont encore un employeur). Il nous reste donc plus que quelques « vraies » semaines pour parler bourse, forex, fixed income et faire croire au commun des mortels que l’on s’est vraiment concentrés sur la chose durant toute l’année.

Traditionnellement, la fin du mois de novembre correspond également à la parution des « prévisions » 2017 pour les banques d’investissement de la planète entière.

Il faut savoir que les prévisions 2017 dans la finance sont à peu près la même chose que les prévisions météo à 14 mois : on n’en a à peu près aucune idée.

Mais c’est un business, un vrai. Les banques rivalisent d’astuces et de marketing pour faire croire à leurs clients que, si, si, vraiment ils savent presque à coup sûr ce qui va se passer sur les 25'000 actions traitées en bourse à New-York, sur le cours de l’or, du pétrole et sur le contrat future du « troupeau vivant », puisqu’aujourd’hui, dans les banques, c’est hyper-tendance de faire croire qu’en plus d’être des demi-dieux sur les classes d’actifs standard, on est (en plus) très très forts sur les matières et autres dérivés de matières premières…

Et le pire, c’est que nous, les clients, les passionnés, les experts avisés, les semi-professionnels, les professionnels, on croit à chaque fois qu’ils tiennent le bon bout et qu’ils ont vraiment fait une réflexion de fond, qu’ils ont bossé comme des malades pendant des heures et des heures, week-end compris, pour arriver à ces « prévisions ».

On en est convaincu. Il n’est d’ailleurs pas rare d’entendre au détour d’un couloir, deux banquiers qui discutent et qui se disent :

-       Hé, t’as vu, Goldman Sachs a publié ses prévisions pour 2017 !!!???

Et l’autre de répondre, tout excité :

-       Ah bon ? Et qu’est-ce qui va se passer en 2017 ??? Il faut acheter ou il faut vendre ???

Eh bien justement, selon les prévisions de Goldman Sachs, il ne faut rien faire. Ça valait bien la peine d’en faire un article pleine page dans le Wall Street Journal, pour hurler à qui veut l’entendre :

-       Oyez, oyez citoyens. En 2017, ne faites rien, il ne se passera rien et les marchés n’iront nulle part. Joyeuses fêtes de fin d’année et on se revoit dans un an !!!

Nous n’avons bien sûr pas encore reçu les avis des autres, tout n’est pas publié, tout n’est probablement pas encore écrit, d’ailleurs. Mais ce qui me fascine, c’est que chaque année, on se chauffe avec les écrits des stratèges, on s’emballe avec les commentaires des gourous et à la fin, une fois sur deux, ils sont à côté de la plaque. Des fois même plus.

Une fois sur deux, c’est à peu près le même résultat que vous obtiendrez en jouant vos décisions d’investissement à pile ou face. Essayez ; pile j’achète, face je vends. Je vous assure qu’il est plus que probable que vous obtiendrez le même résultat qu’en écoutant les déblatérations des grandes stars de la finance bancaire.

Je n’invente rien, je ne suis pas mauvaise langue, je suis simplement réaliste et j’essaie d’avoir un peu plus de mémoire qu’un poisson rouge. Je suis dans ce milieu depuis assez longtemps pour vous prouver par A+B que les Demi-Dieux de la finance se gourent plus souvent qu’ils n’ont raison, mais on a tendance à encenser les prévisions qui se réalisent et à oublier celles qui tombent à l’eau, bien que beaucoup plus nombreuses.

C’est comme moi, si je vous dis que le 1er avril 2017, il devrait pleuvoir de 8h à 12h00 et qu’ensuite nous aurons des belles éclaircies, durant l’après-midi et qu’en soirée cela devrait se couvrir à nouveau. Si vous vous en souvenez encore d’ici 5 mois et que j’ai raison, je serai un Demi-Dieu de la météo, mais dans le cas contraire vous aurez oublié mes délires psycho-météorologiques depuis longtemps, sans m’en tenir rigueur.

La finance, c’est pareil. On fait des prévisions, on fait croire à nos clients que NOUS, on sait. Et des fois on a raison, souvent on a tort. Mais comme le paquet cadeau est super-bien ficelé, on a envie d’y croire. Pourtant, si les analystes étaient payés un dollar chaque fois qu’ils ont tort, cela fait longtemps qu’ils auraient arrêté d’analyser et seraient bien plus occupés à baisser leur handicap au golf…

Tout ça pour vous dire que, selon Goldman Sachs, on ne devrait rien faire sur le S&P500, pas grand-chose sur le Japon, un peu plus que rien sur l’Europe. L’Euro devrait se faire défoncer contre le dollar, la livre va se faire piétiner, encore, le pétrole devrait aller à 45$ en mars à 50$ en juin, à 55$ en septembre, et à 60$ pour Noël 2017. Et l’or ne fera rien.

Il est probable, à 50% que Goldman Sachs ait raison à la fin de l’année prochaine. Tout comme il est probable que n’importe quoi d’autre peut arriver en 2017 et que, dans 3 semaines, ces prévisions aient autant de valeur qu’un yaourt périmé. Mais c’est comme ça dans le monde merveilleux de la finance, on a tellement besoin de croire que c’est une « vraie science » que l’on aime être convaincus que là dehors, il y a des gens qui savent, des gens qui sont plus égaux que les autres. Et puis surtout, quand on regarde dans le passé, on se rend compte qu'ils se sont surtout trompés. Mais comme dans la finance on n'apprend rien et on oublie tout, tout va bien se passer. 

Prévisions de Goldman Sachs pour 2017

Thomas Veillet

Fondateur du site Investir.ch

 

 

 

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