Jean Romaine

PRÉSIDENTE DE LA FONDATION HIRONDELLE

Romaine Jean est présidente de la Fondation Hirondelle et consultante indépendante. Elle a été rédactrice en chef des magazines, cheffe de la rubrique politique et présentatrice du 19.30. Elle a lancé notamment les émissions "Infrarouge", "Coulisses de l'évènement" et "Toute une vie" et présenté l'émission "forum des Européens", sur Arte. Elle est licenciée en sciences politiques.

Presse romande: help!

L’ambiance devient totalement irrespirable dans les rédactions romandes, qui assistent, impuissantes, à l’effondrement de toute l’industrie des médias. Pan après pan. La crise est telle que la profession n’a d’autres choix que la grève pour se faire entendre. L’ATS, « le Matin », « le Matin Dimanche », « la Tribune de Genève », « 24 Heures » , même symptôme, même combat. Imagine-t-on ce que signifie ce séisme ?

La catastrophe a des conséquence sociales et politiques majeures et on en connait les fautifs. En première ligne, les éditeurs qui n’ont plus qu’un intérêt mesuré pour les titres dont ils sont détenteurs. Et qui ne les conservent que faute de pouvoir les vendre au prix fort ! La situation est totalement absurde, qui voit des managers détruire un secteur dont ils méprisent la valeur sociale. Et qu’ils semblent méconnaitre. Imagine-t-on l’horlogerie confiée à des courtiers ou la banque à des flûtistes ?

Les éditeurs font donc ce qu’ils savent faire : contrôler les coûts, concentrer, restructurer, couper et assécher d’autant le marché des idées, de l’enquête, du reportage. En un mot, tuer la presse, qui est aujourd’hui en crise de fond et de contenu. 

Certes, les grands groupes qui possèdent les médias ne sont pas coupables de tout et il faut être un peu fou ou visionnaire pour investir encore dans un secteur qui a perdu toute valeur économique. Mais pas toute influence, comme en témoigne l’intérêt de quelques hommes d’affaires, qu’ils se nomment Bezos, Drahi, Blocher ou Constantin.

Siphonage de la pub, chute du lectorat, pour quelques miracles, quelques affaires qui marchent, combien d’échecs ? Combien d’agonie prolongée, à l’image du Matin, deuxième tirage de la presse en romande et pourtant écrasé, semble-t-il, par 6 millions de pertes. Une disparition qui fait écho à celle de L'Hebdo, 18 mois plus tôt.

Le pire n’est jamais sûr mais les mauvaises nouvelles de ces jours en annoncent d’autres.  Pour l’Agefi en sursis concordataire ? Pour les grands quotidiens regroupés en une rédaction ? Pour les régionaux, victimes de Publicitas ? La crise du « Matin » a repoussé à l’automne d’autres restructurations mais elles viendront.

Basculer sur le web des titres qui n’intéressent plus la pub, économiser au passage le papier, l’impression et le transport, tout cela est rationnel, sauf que le web n’est lui-même pas vraiment rentable ! 

Comment dès lors maintenir une presse vivante et gagner la bagarre pour l’attention du public ?

Il n’y a qu’une réponse à cette question urgente : repenser de fond en comble le modèle économique de la presse.

En ce sens, la  nouvelle loi sur les médias électroniques, mise en consultation ces jours et qui laisse de côté la presse écrite, offre un bien modeste brouet. Deux petits millions promis à l’Agence télégraphie suisse en crise profonde et une vague aide pour « des contributions en ligne, utiles à la démocratie ».

La campagne No billag a soulevé bien d’autres espoirs et c’est bien toute la notion du service public qui est à revoir. Et donc de la distribution de la redevance. Qui y a droit? Quelle passerelle imaginer entre le service public et les acteurs privés? Le service culturel d’un journal de qualité ne peut-il pas prétendre au soutien public au même titre qu’une chaine de radio, encombrée de structures du passé? L’information régionale est-elle l’apanage de bureaux, englués dans la routine ? 

Il y a également le soutien direct des collectivités à exploiter, dont on mesure aujourd’hui la nécessité. La Ville de Lausanne a montré la voie avec LausanneCités.

Un vrai modèle est à construire. La presse est en crise profonde. Est-ce grave ? Oui très grave, car l’information est un gage de démocratie, donc de prospérité. La Suisse le savait et ne doit pas l’oublier.

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