Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PRESSE/"Pariscope" est mort. Comment découvrir désormais l'inattendu?

Crédits: AFP

Choc au kiosque. Plus de «Pariscope». Ne subsiste que «L'Officiel des spectacles», avec lequel j'ai toujours éprouvé de la peine à me débrouiller (1). C'est ça ou rien. Et «ça» coûte à peine un euro. Notez que le prix a doublé en très peu de temps, alors que le tirage repartait à la baisse. Toujours pire. «L'Officiel» se vendait à 93 000 exemplaires en 2007, à 53 000 en 2012. Il ne conservait plus, l'an dernier, que 34 000 clients réguliers ou occasionnels. 

Mais revenons à «Pariscope». Ce journal d'information sur les activités culturelles parisiennes (un Paris étendu jusque dans sa très grande banlieue) n'existait pas de toute éternité, comme je le pensais. Il datait d'octobre 1965. Paraissant le mercredi comme «L'Officiel», la publication était une idée de Daniel Filipacchi, le père de «Salut les copains» (2). Il s'agissait de regrouper les programmes de cinéma, de théâtre, d'expositions, plus les concerts, les conférences, les visites guidées ou les spectacles pour enfants. La totale. Il suffisait de tourner les pages (et il y en avait en moyenne 180) afin de tout savoir et ce pour une somme très modique. «Pariscope» a longtemps coûté 40 centimes d'euro. La publicité faisait tourner la boutique. Impossible de ne pas y mettre de réclame.

Une certaine indépendance 

Tombé par la suite dans le groupe Lagardère, l'hebdomadaire restait ainsi indépendant. Il paraissait parfois des critiques assez dures, celles des expositions étant assurées par Alexandre Grenier. Cet homme hors clan pouvait se permettre de dire, sur un ton badin, des choses soigneusement tues dans «Le Monde» ou «Libération». Quant aux listes, alphabétiques, elles contenaient une foule de renseignements pratiques. Elles possédaient surtout une qualité absente des applications. Elles faisaient découvrir au lecteur ce qu'il ne cherchait pas. L'inattendu. L'écho public reste en effet faible, voire nul, pour certaines manifestations. La directrice d'un petit musée de la Rive Gauche se disait ainsi «sauvée» par l'entrefilet régulier de «Pariscope». Elle ne disposait d'aucun budget d'affichage... 

Et puis, tout s'est gâté. De 73 000 exemplaires en 2007, «Pariscope» a passé à 53 000 en 2012 et à 28 000 en 2015. Lagardère avait vendu en 2014 le titre, pour un prix symbolique, à Reworld, qui y croyait encore. Du moins un peu. Parallèlement, la publicité a comme partout fondu. Il y fallu augmenter le prix de vente. Si le passage à 50 centime restait encore indolore, celui à 90, quelques semaines plus tard, faisait déjà plus mal. Il avait enfin fallu prendre la décision, très peu de temps après, de faire monter le tarif à 1 euro 90, soit plus du double. Il n'y aura eu que trois ou quatre éditions à ce chiffre. Le 19 octobre, les derniers lecteurs ont appris que le numéro 2526 resterait le dernier. Fin discrète d'une aventure. Peu de commentaires. Nul ne sait ce qu'est devenu l'équipe.

Un travail astreignant 

Car il faut bien une équipe pour donner un produit pareil! certes, il existe désormais une application (Google Play ou App Store), «Pariscope» s'étant mis très tardivement au virtuel. Mais tout engranger dans des listes demande une énergie d'enfer. Il faut recevoir, chercher au besoin, adapter et enfin mettre à jour, en éliminant ce qui est périmé. On voit ce qui se passe avec les magazines spécialisés. Ils ont déjà de la peine à y parvenir avec une seule rubrique. Il s'agit là d'un travail que leur quelques rédacteurs permanents accomplissent entre deux articles. Cette tâche se fait non sans mal (ni sans lacunes) pour Paris. Malheur à ceux qui se risque à la province. Et je ne vous parle pas de l'étranger... Là, ce que je lis en matière d'expositions exotiques me semble avoir été inclus au petit bonheur la chance. 

Il faut dire qu'en dépit d'internet et de cette tablette qui semble aujourd'hui tout vouloir avaler (des métiers spécialisés aux lecteurs eux-mêmes, pianotant frénétiquement), tout le monde ne sait pas communiquer. Surtout dans le culturel (3). Maintenant qu'il faudra consulter beaucoup de sites, je remarque que nombre d'entre eux sont construits en dépit du bon sens. Celui du Centre Pompidou, par exemple, reste fermé comme une huître. Impossible, ou presque, de comprendre comment il fonctionne. D'autres ne sont pas à jour. Enfin, les renseignements dits pratiques (horaires, adresse...) le demeurent en général fort peu. Il faut aller les chercher tout au bout de l'arborescence, alors qu'ils figuraient toujours clairement dans «Pariscope».

"L'Officiel" en danger 

Ma crainte, après avoir été un peu regarder comment les choses se passent sur mon ordinateur, est la disparition de «L'Officiel», déjà déclaré en danger de mort par le quotidien «Le Parisien» en mars 2013. Que saura-t-on vraiment de ce qui se passe à Paris? Il restera bien sûr l'information concernant les grosses machines. Les produits de niche, en revanche, disparaîtront des applications. La chose accélérera le clivage des publics. Beaucoup de monde pour les «block busters». Trois chats et demi pour les expériences un peu pointues, à moins d'un bon réseau. Dans une époque vouée à la rentabilité, celles-ci finiront aussi par disparaître un jour, même si une certaine presse d'art spécialisée se veut aujourd'hui «prescriptrice». Et encore faut-il que ce type de presse tienne à l'avenir le coup... 

(1) «L'Officiel des spectacles» classe les expositions et les musées par catégorie. Encore faut-il comprendre les critères. Cela dit, pour ses 70 ans (le journal date de 1946), cet hebdomadaire a créé 24 pages de «conseils».
(2) Mort depuis longtemps, le mensuel «Salut les copains» était tiré au temps de sa gloire, dans les années 1960, à plus d'un million d'exemplaires.
(3) Le Louvre, eh oui le Louvre, vient de lancer deux expositions sans calicot sur la façade, sans affiches et sans fléchage à l'intérieur de l'institution...

Photo (AFP): Le public à la Fondation Vuitton pour les chefs-d'oeuvre post-impressionnistes des musées russes. Ce genre de manifestation saura toujours se fair connaître.

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