Marmierpascal

DIRECTEUR DE SWISSNEX CHINA

Après avoir passé plus de 10 ans à Boston, Pascal Marmier a récemment rejoint un autre réseau swissnex, celui de Chine basé à Shanghai. Passionné de science et d'innovation, il travaille avec son équipe à promouvoir l’excellence de la Suisse dans ces domaines, renforcer les liens académiques en Chine et créer une communauté d’innovateurs et d’entrepreneurs. Gradué de l’Université de Lausanne, Pascal a aussi suivi une formation postgrade à Boston University et obtenu un MBA de MIT. En plus de chercher les meilleurs talents en science et technologie, il essaie aussi de trouver les meilleurs endroits pour courir dans une ville à forte densité de population.

Pourquoi la Chine diminue l'importance de l'anglais

Voilà encore une décision dans le domaine de l’éducation qui en a surpris plus d’un ! Alors que le pays s’internationalise rapidement, que les échanges sont à la base du modèle économique, la Chine a récemment décidé de réduire l’importance de l’anglais au concours d’entrée à l’université. Le poids de l’anglais dans la note finale sera désormais réduit par rapport aux maths et au chinois. Tout ce qui touche à cet examen appelé « gaokao » est source d’intérêt, voire d’inquiétude, vu que le score qui sera obtenu par l’étudiant sera décisif pour espérer être admis dans les meilleures universités.

On peut débattre de la relation entre le niveau d’anglais d’un pays et son niveau économique – le Japon est très insulaire à cet égard – mais il est très étonnant, à première vue, de voir le gouvernement diminuer les exigences attendues des élèves dans cette langue. Certains commentateurs y voient un changement positif en soulignant que même si les élèves obtenaient jusqu’ici de bons scores, cela ne voulait pas dire qu’ils savaient parler la langue. L’examen, qui est le même dans tout le pays, contraint en effet à un apprentissage par écrit et répétitif.

Quelles pourraient être les autres hypothèses derrière ce changement stratégique ? En voici quelques-unes :

1. Le gouvernement considère peut-être que l’industrie privée offre déjà tout ce qu’il faut pour apprendre l’anglais. Les parents, conscients de l’importance de cette langue, se démènent pour que leurs enfants suivent des cours dès le plus jeune âge. A l’image de Disney qui a ouvert une chaîne d’écoles, de nombreux groupes (EF) et individuels forment une industrie de plusieurs milliards de dollars.

Angle suisse : Bien que ses services ne soient pas destinés aux enfants, la société Ivy League English connaît une belle croissance en utilisant des technologies innovantes pour que les employés chinois puissent apprendre l’anglais, et suivre des cours de management, directement connectés à des professeurs aux USA. Le co-fondateur Andre Gisiger est d’origine suisse et il parie sur une rapide croissance de l’enseignement « digital » dans les entreprises internationales.

2. Et si le gouvernement cherchait à ralentir le flot constant de jeunes Chinois qui désirent partir à l’étranger ? Chaque année, plusieurs dizaines de milliers d’étudiants rejoignent des écoles étrangères (en grande majorité dans les pays anglo-saxons), mais plutôt que de craindre une fuite des cerveaux, la Chine sait que c’est une source d’internationalisation très importante. Les Chinois qui partent contribuent au rayonnement du pays à l’étranger (notamment par le biais des Instituts Confucius), tandis que ceux qui reviennent font bénéficier le pays de nouvelles compétences et contacts.

Angle suisse : L’éducation suisse grimpe dans les classement des destinations les plus prisées parmi les riches Chinois. Cela profite aux écoles privées et notamment à celles qui sont représentées par Swiss Learning une agence dont le dynamique directeur parcourt les plus grandes villes du monde pour promouvoir l’excellence suisse des écoles privées. Nul doute que cet enthousiasme chinois va aussi bénéficier aux universités qui dans le futur vont ouvrir plus de programmes en anglais.

3. Le chinois est déjà la langue la plus répandue sur le net, est-ce que la Chine prend le pari que le mandarin pourrait détrôner l’anglais comme langue de communication internationale ? Il ne fait pas de doute que les consommateurs et les entreprises chinoises vont être de plus en plus présents à l’étranger. Au fil des développements internationaux (expansions, acquisitions), il y aura un besoin de professionnels qui parlent la langue et comprennent la culture. Les cabinets d’avocat par exemple recrutent des Chinois dans leurs équipes pour gérer cette nouvelle source de dossiers.

Angle suisse : Les jeunes Suisses viennent en Chine en nombre croissant pour apprendre la langue. Certains décident même d’y effectuer 3 ou 4 ans de bachelor pour être sûr d’acquérir une maîtrise suffisante pour un usage professionnel. En Suisse, les cours sont de plus en plus demandés et les instituts Confucius des universités sont très populaires.

Comme d’autres réformes en cours, les effets de ce changement dans le domaine de l’éducation vont prendre du temps à se manifester. Avec la croissance de la Chine sur la scène internationale, le besoin de profils internationaux va aussi augmenter. Les grandes entreprises chinoises commencent à engager des patrons occidentaux, mais de nombreux managers chinois se profilent aussi pour prendre un rôle de leaders à l’échelle globale… et l’anglais restera un atout nécessaire !

 

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