Jean Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

Pourquoi faut-il rejeter l’élection du Conseil fédéral par le peuple?

L’élection du Conseil fédéral par le peuple, un des deux objets du scrutin du 9 juin prochain, n’apporterait aucune amélioration ni dans la gestion ni dans le fonctionnement des institutions politiques helvétiques. Elle dérèglerait surtout la mécanique fine qui en fait précisément leur force et qui en assure leur stabilité à long terme.

Le gouvernement n’est qu’un rouage du système politique mis en œuvre dès 1848. Certes, il peut donner des impulsions et proposer des modifications de lois, mais la décision ultime appartient au parlement, puis au peuple grâce au droit de référendum et au droit d’initiative. Si la légitimité d’un conseiller fédéral dépend du verdict populaire, doit-il alors démissionner lorsqu’il perd une votation? Dans ce cas, le tournus au sein du collège deviendra permanent.

La culture politique de ce pays est allergique à toute personnalisation du pouvoir. Elle coupe les têtes qui dépassent et ne permet de ce fait que rarement à des personnalités charismatiques de le conquérir. On peut évidemment le regretter. Car le jeu du pouvoir n’a rien de spectaculaire. Il est même souvent fade. Une élection du Conseil fédéral par le peuple ne garantit d’ailleurs pas la nomination d’hommes et de femmes d’exception. Les acteurs économiques ne seraient d’ailleurs pas forcément ravis d’avoir en face d’eux un gouvernement fort. Ils préfèrent miser sur sa faiblesse relative afin de tenter d’imposer leurs vues. L’absence de prise de position d’economiesuisse, l’association faîtière des entreprises, dans ce débat est à cet égard significative.

Si les résultats d’une entreprise se lisent dans la création de valeur pour ses actionnaires, ses clients et ses autres partenaires, ceux d’un pays se mesurent à l’aune de sa compétitivité internationale. Or, la réussite de la Suisse est exceptionnelle. Elle découle non seulement des compétences de ses acteurs économiques, mais aussi de décisions politiques favorables à l’économie de marché auxquelles le Conseil fédéral a pris part.   

 

Même par gros temps, le pouvoir exécutif ne s’en tire pas trop mal. L’abandon du secret bancaire en 2009? Il ne fait qu’adopter les standards internationaux en vigueur qu’il rejetait sous la pression des banques. Le conflit fiscal avec les Etats-Unis? Il doit réparer les dégâts provoqués par le comportement fautif des établissements bancaires. Le sauvetage d’UBS? Il génère un gain de 1,2 milliard de francs.

 

La Suisse est un mélange de subtils équilibres auxquels il faut prêter une attention permanente pour garantir sa stabilité. Le renforcement du pouvoir exécutif que certains appellent de leurs vœux passe davantage par un nombre plus élevé de ses membres (à 9) que par une élection par le peuple.

 

 

 

 

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