<p>Rédacteur en chef du Temps, (ex-rédacteur en chef de Bilan)</p>

Depuis le 1er janvier 2015, Stéphane Benoit-Godet dirige la rédaction du quotidien Le Temps. Il était le rédacteur en chef de Bilan de 2006 à 2015. Auparavant, il a travaillé pour les quotidiens La Tribune de Genève et Le Temps 1998-2003), journal dont il a dirigé la rubrique économique (fin 2000 à mi-2003). Juriste de formation, Stéphane a fait ses études en France à l'Université d'Aix-Marseille III. 

 

 

Pour une fois... bravo Genève!

C’est la décision que plus personne n’espérait. Le Conseil d’Etat genevois a décidé d’égaliser le taux d’imposition des entreprises à 13%. Le canton se donne ainsi un nouvel élan. Premières entreprises visées, les sociétés auxiliaires, forme sous laquelle sont notamment organisées les firmes de négoce, se détourneront de Dubaï et Singapour qui viennent leur faire les yeux doux. Les QG des multinationales, qui ont du vague à l’âme dans un pays trop cher, vont renforcer un peu plus leur lien avec Genève. Enfin, les PME s’apprêtent à recevoir un grand bol d’oxygène au moment où la crise internationale les touche.

Bonne nouvelle pour les entreprises donc, mais pas seulement. Genève réalise par ailleurs, avec cette mesure, un triple acte de souveraineté. Vis-à-vis de l’international tout d’abord. Enfin des autorités dans ce pays qui nous donnent à voir l’image d’une Suisse qui devient actrice de son destin et n’attend pas qu’un grand partenaire, en l’occurrence l’Europe, lui dicte la marche à suivre! Il fallait reprendre la main, Genève vient de le faire avec l’art et la manière. Bruxelles qui demandait d’égaliser les taux d’imposition entre types d’entreprises ne s’attendait sûrement pas à ce que cela se fasse par le bas. Du point de vue romand ensuite, cette initiative, à la suite de celle de Neuchâtel, arrive à point nommé. Elle met la pression sur Vaud qui devrait logiquement suivre. La crise internationale pousse à concilier deux impératifs: laisser les entreprises créer de la valeur (notamment des emplois) et mettre l’Etat au régime pour l’obliger à redéfinir ses missions et ne pas se disperser. Les deux grands cantons romands doivent résolument s’engager dans cette voie et éviter la tentation du modèle français dont l’échec est patent. Tout en faisant la nique aux cantons de Suisse centrale qui attiraient jusqu’ici des sociétés auxiliaires tout en bénéficiant de la manne issue de la péréquation mise en place au niveau de la Confédération. A cet échelon justement, Genève prend aussi l’avantage. En mettant à l’ordre du jour son taux unique d’imposition des sociétés, le canton aura le mérite de rendre concrètes les discussions sur l’évolution du mécanisme de péréquation et de l’adapter à un discours de réalité plutôt qu’à celui des technocrates.

Bref, Genève vient de s’offrir un plan de relance (presque) gratuit et rapide, de démontrer sur la scène internationale qu’un canton suisse peut rester maître de son destin, et face à ses partenaires en Suisse que les politiciens du bout du lac sont capables de prendre des décisions audacieuses pour défendre leur économie plutôt que de geindre. C’est un triple bingo.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."