Colin Xavier

JOURNALISTE

Xavier Colin est journaliste, chercheur associé au GCSP, le centre de politique de sécurité de Genève, fondateur de GEOPOLITIS et ambassadeur de Terre des hommes.

Populisme: adhésion ou rejet?

C’est une vague de très grande ampleur. Pas encore un tsunami. Mais le constat est évident: en Europe, c’est d’ores et déjà la saison des grandes marées pour ces courants populistes, très divers selon les pays concernés, mais qui, tous et d’une même voix, se présentent comme le seul recours possible offert à un peuple se déclarant délaissé par les élites dominantes. Pour ne pas dire: par tous les élus en place!

Ce qu’il y a de bon, et de valorisant, dans «populisme», c’est la composante «peuple». 

Ce qu’il y a de mauvais, et de péjorant, dans «populisme», c’est ce suffixe «isme». Un «isme» qui stigmatise, dénonce, juge et condamne tout à la fois.

Dans tout mouvement de «populisme», se niche ainsi – parfois volontairement - une ambiguïté fort commode sur la finalité de l’action politique menée «au nom du peuple et pour le peuple». S’agit-il d’une adhésion réfléchie à un réel et crédible projet de société, ou convient-il de n’en retenir que le syndrome d’un rejet d’un environnement politique jugé inapte et profiteur?

A cette question, une seule réponse s’impose: l’histoire le dit, et la géopolitique le démontre: le populisme, ce n’est pas l’adhésion, c’est le rejet.

Le populisme, c’est le rejet des délégations traditionnelles, c’est la défiance à l’encontre des mandats démocratiques, c’est la détestation des «élites» suspectées d’ignorer le peuple en le méprisant, c’est la colère face à des entités supranationales accusées de brader
la nation.

Le populisme, c’est l’exigence irraisonnée d’un «grand chambardement», c’est la volonté irréfléchie d’une «politique de l’instant», c’est la culture quasi idolâtre du chef unique, charismatique et divinement providentiel, c’est enfin la certitude infondée que le remplacement des élites par le peuple constituerait et constituera la solution à l’ensemble des problèmes.

C’est sur ces bases que s’est constituée au sein de l’Union européenne une toile d’araignée populiste qui ne dit pas son nom et ne revendique en aucun cas une telle classification «populiste», se prévalant d’appellations plus valorisantes telles que «nationalistes», «eurocritiques» ou encore «droite patriotique».

Au Danemark, le Parti du peuple danois (Dansk Folkeparti) a obtenu presque 27% des voix lors des élections européennes de 2014. En Suède, lors du même scrutin, le Parti démocrate suédois (SD) a fait élire 2 députés. Les Pays-Bas, avec le Parti pour la liberté (PW), ont envoyé 4 représentants au Parlement européen.

Plus connu, le Vlaams Belang (Intérêt flamand), jouant sur les deux tableaux – europhobie et indépendance de la Flandre- compte 4 députés. Même score en Autriche avec le parti de la liberté (FPO). Le Mouvement pour une meilleure Hongrie (Jobbik) a obtenu 3 sièges. Et la France? Quarante deux ans après sa création, le parti de Jean-Marie Le Pen a remporté plus de 20 sièges. Et l’on sait ce qu’il en est des succès actuels de la vague «Bleu Marine».

Cruelle réalité

Pour autant, tout observateur de la chose politique en est désormais persuadé: le plus grand ennemi du populisme, c’est l’exercice du pouvoir!

Sans discours cohérent, sans aucune expérience gouvernementale, sans réseau politique, sans relais dans la société civile, sans connaissances approfondies des institutions et sans personnel politique qualifié à disposition, le mouvement populiste se trouve si soudainement confronté à la réalité qu’il en perd ses forces de conviction et d’action. Il lui faut, tel un mouvement politique classique, décider, arbitrer, rénover, assumer, et, tâche ô combien ardue, composer!

C’est alors que sa base électorale se délite, déçue, se sentant trahie et de nouveau délaissée par ceux-là même qu’elle a portés au pouvoir. La réalité est cruelle: on avait adhéré à un seul projet: celui du rejet!

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