Aline Isoz

CONSULTANTE EN TRANSFORMATION DIGITALE

Aline Isoz officie en tant qu’experte en transformation numérique auprès des entreprises et institutions romandes et est notamment membre du comité du Cercle suisse des administratrices, experte Vigiswiss (association suisse des data centers) et de conseils consultatifs. Depuis la création de son entreprise Blackswan en 2010, elle intervient régulièrement dans le cadre de conférences ou d’ateliers thématiques auprès de décideurs, d’administrateurs de société et commente également les enjeux liés au numérique dans les médias en tant que consultante, et en tant que chroniqueuse pour le magazine Bilan et le quotidien Le Temps. En 2015, elle a lancé alineisoz.ch, une initiative de coaching et d’accompagnement digital pour les PME romandes.

Parallèlement à ses activités professionnelles, Aline Isoz a mis sur pied une délégation suisse de femmes actives dans le numérique invitée à la Journée de la femme digitale à Paris

Polémique ex nihilo

C’est désormais devenu la tradition du lundi sur mes comptes Facebook, Linkedin, Twitter, etc. : trois sujets de chronique destinés au blog de Bilan sont soumis à l’aval de mon réseau social, et c’est lui qui tranche. Une vraie démocratie participative. Depuis deux semaines, les habitants de mon village virtuel semblent pourtant avoir un goût prononcé pour les sujets portant à polémique, trop heureux de savoir qu’une Winkelried des temps modernes se porte volontaire pour se faire embrocher par des lances numériques…

Rien d’étonnant à cela si l’on observe un tantinet les contenus qui cartonnent versus ceux qui ennuient, trop politiquement corrects ou attendus pour générer de l’interaction, ou plutôt, de « l’engagement », comme on dit chez les communiquants. Evidemment, je ne parle pas des marques, bien obligées de faire la promotion de leurs produits et de verser dans le consensus pour plaire au plus grand nombre et éviter ainsi de se mettre à dos : les chiennes de garde, les mouvements de protection des animaux, des enfants, des arbres centenaires, des tribus d’Amazonie, des cueilleurs de fraises, et j’en passe.

Le sujet de mon article fait suite à celui de la semaine dernière sur la Génération U, en visant une sous-catégorie ou plutôt, une catégorie parallèle: les polémistes. Là aussi, le terme est un peu vaste. Puisque l’on peut définir plusieurs catégories au sein du mot générique « polémique », je vais laisser de côté le pamphlet – tombé en désuétude depuis belle lurette parce que trop extrémiste – et me concentrer sur la satire, bien plus drôle et, malgré tout, attendue. Bien faite, cependant, elle n’est pas comprise par tout le monde, et c’est là que je fais ressurgir la polémique: si vous ne faites que rire devant un contenu satirique, vous n’avez pas tout compris. Si vous ne riez pas du tout, vous n’avez rien compris non plus. La satire fait rire… et réfléchir… et plus rire du tout.

Bref. Il suffit d’observer les chroniqueurs, tweetos ou autres blogueurs qui buzzent pour déterminer ce qui fonctionne: être contre la Saint-Valentin un 14 février (parce qu’après, tout le monde s’en fiche), postés des commentaires anti-féministes lorsque l’on est une femme (parce que si en plus, vous êtes un homme, votre tête est mise à prix), utiliser des titres provocateurs (usurpo ergo sum, ça sonne bien, non ?), pousser un coup de gueule contre ceux qui accusent Depardieu de quitter le navire français (pourtant autant à flots que le Costa Concordia), les grandes gueules qui n’ont pas peur de s’afficher ont de beaux jours devant elles.

Les Guy Birenbaum, Jean-Luc Lemoine, Maître Eolas font carton plein même en 140 caractères, et il ne reste plus que la télévision pour confondre la polémique de masse représentée par Nicolas Bedos ou Stéphane Guillon (plus caustiques que satiriques), avec la satire intelligente. Et même la télévision américaine fait mieux, avec un Stephen Colbert déjanté, bien plus politiquement incorrect que n’importe quel blogueur tentant de faire son coming out du côté obscur de la Force

Alors me direz-vous, pourquoi ça marche ? Probablement parce qu’entre un chevalgate insipide et une sombre élection valaisanne, il ne se passe pas grand-chose d’intéressant. Probablement aussi que chacun a besoin de pouvoir exprimer son opinion (ailleurs que dans les urnes, de préférence) et que sur les réseaux sociaux, étonnamment, les gens ont l’impression d’être entre eux, tout en priant pour être entendus par le plus grand nombre. Probablement aussi que puisqu’il y a de moins en moins de regards décalés sur l’actualité (le recul, ça prend du temps, l’humour, une vie), la moindre tête qui dépasse prête à se faire guillotiner nous apparaît comme une bouffée d’oxygène dans un monde de brutes.

Et puis, « tout va trop vite, ma bonne dame », alors les gens qui arrivent encore à s’arrêter sur l’une des 300 actualités en cours et à faire un bon mot sur l’un ou l’autre sujet ont le mérite de nous rappeler que l’être humain a besoin de rire plus que de taper sur un clavier. Ou sur des bambous. (Là, vous pouvez rire…). Ou simplement, parce que tout comme certains vont chercher leur dose de Voici et de Closer, vous, vous aimez lire mes chroniques au vitriol: ça vous détend quand vous consultez votre mobile aux WC (oui, oui, je vous vois).

Alors oui, je vais continuer à proposer 3 sujets dont 2 convenus et 1 qui énerve chaque semaine et vous choisirez celui qui énerve. Oui, vous attendrez avec impatience le mardi matin en vous demandant comment et si je m’en suis sortie. Oui, je me serai encore fait de nouveaux amis parmi ceux qui tentent désespérément de se mettre du côté des méchants (« un réseau virtuel pour les gouverner tous »), mais finissent toujours par ajouter un « lol » ou un « hihihi » parce que la polémique, ce n’est pas donné à tout le monde.

Et moi, chaque lundi soir, je me demanderai comment et si je vais m’en sortir. Et chaque mardi matin, je verrai apparaître ma chronique telle une mise en ligne divine, scrutant avec délectation les like, share et autres bons points que les lecteurs voudront bien m’accorder. Jusqu’au jour où, peut-être, j’irai trop loin: là où la prose d’un blogueur n’a jamais mis le pied et je deviendrai une exilée du 2.0, mise au ban du monde virtuel, détestée, enfin…

 

 

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