Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PHOTO / Winterthour fête ses 20 ans avec Lewis Hine

Vingt ans déjà... C'est en 1993, que le Fotomuseum de Winterthour ouvrait ses portes, comme pendant germanique à l'Elysée lausannois, actif depuis 1985. Signe des temps, l'institution se voyait logée non plus dans une belle maison du XVIIIe siècle, située en pleine verdure, mais dans une friche industrielle de banlieue. Friche alémanique, cependant. Difficile de faire plus propret et plus ordonné que le Fotomuseum!

En deux décennies, le musée a développé une politique différente que celle promue en Romandie par MM Favrod, Ewing et maintenant Stourdzé. Il y a ici un côté fondamentalement sérieux et bien pensant. A côté, l'Elysée ressemblerait presque aux Folies-Bergères parisiennes. Il existe aussi un penchant assez fâcheux pour la photographie à prétentions. D'où des achats ennuyeux comme la pluie. Nous sommes un peu dans un musée d'art contemporain bis, dont l'image de reportage aurait été soigneusement évacuée.

Une place pour la Suisse

Au fil du temps, Winterthour a dû laisser de la place à la Fotostiftung Schweiz, créée en 1971. Cette dernière se sentait mal au Kunsthaus de Zurich, où elle jouait les parentes pauvres. A l'instar de certaines poires, le Fotomuseum s'est coupé en deux. Notons cependant que les moitiés ont chacune gardé leur autonomie. La preuve! Elles n'arrivent même pas à faire site commun. Il faut taper sur Fotostiftung pour savoir que celle-ci organise cette année, jusqu'au 25 août, l'exposition «Adieu la Suisse», consacrée au paysage actuel. Un accrochage aussi convenu que soporifique.

Le Fotomuseum, lui, a choisi un nom célèbre pour l'été. Il s'agit de celui de Lewis Hine (1874-1940). Le père de la photo sociale («concerned», en anglais) est né dans le Wisconsin. Orphelin de père, il a travaillé, tout en économisant de quoi faire des études. Le plus important de son œuvre date des débuts du XXe siècle. Hine est de 1904 à 1909 sur Ellis Island, afin de portraiturer les émigrants. Il fait son grand reportages sur les aciéries presque monstrueuses de Pittsburgh en 1906. Le Child Labor Comitte l'invite à documenter dès 1908 le travail des enfants exploités douze heures par jour pour un salaire de misère.

Images dénonciatrices

Ce sont ces images, avant tout dénonciatrices, que le public retrouve à Winterthour. Il y a aussi là celles des années 1920, puis 1930. En 1930 précisément, Hine se voit appeler à suivre la construction de l'Empire State Building, le plus haut gratte-ciel du monde. Celui que va bientôt couronner au cinéma King-Kong. Les travaux avaient commencé quelques semaines avant le krach de 1929. Il fallait continuer en pleine Crise. L'édifice sera terminé en à peine onze mois.

La fin de la carrière de Hine se révèle pauvre, solitaire et peu active. La Farm Security Administration, qui fournit alors du travail à tant de ses confrères, dont Dorothea Lange, ne veut pas de lui. Ses archives sont données, après sa fin anonyme, par son fils Corydon à la Photo League, dissoute en 1951. Le Museum of Modern Art va alors les refuser. C'est la George Eastman House de Rochester qui accueille cet énorme fonds, d'où provient l'actuelle exposition alémanique. Une exposition davantage faite pour intéresser sur le plan historique que pour vraiment séduire. Artistiquement, le résultat se révèle peu souvent à la hauteur des ambitions politiques. C'est important, Hine, bien sûr! Mais la composition de ses images manque de force. Le regard du spectateur se perd. Le mérite d'Hine est en fait celui d'avoir été là. Quand il le fallait.

Pratique

«Lewis Hine, Photographier pour changer», Fotomuseum, 44 Grünzenstrasse, Winterthour, jusqu'au 25 août. Tél. 052 234 10 60, site www.fotomuseum.ch Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18h, le mercredi jusqu'à 20h. Photo. Le plus célèbre des clichés de Hine. Son icône. L'Américain l'a pris en 1920.

Prochaine chronique le mardi 13 août. Nîmes invite l'architecte Norman Foster comme commissaire d'exposition.

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