Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PHOTO/Vanden Eeckhoudt animalise Forum Meyrin

C'était au temps où le Musée de l'Elysée, à Lausanne, apportait son lot de révélations nouvelles tous les trois mois. Charles-Henri Favrod, alors à sa tête, avait ainsi présenté une première fois aux Romands les animaux tristes de Michel Vanden Eeckhoudt. L'affiche montrait un improbable hippopotame, vu de haut, la tête en bas. La bête en devenait presque abstraite, dans son noir et blanc très contrasté. 

L'hippopotame se retrouve quelques décennies plus tard aux murs de Forum Meyrin, qui accueille le Belge sous une forme quelque peu rétrospective. Se retrouvent aux cimaises des images prises depuis les années 1970 dans tous les pays du monde, ou presque. L'absence de couleurs masque le passage du temps. Mais, au fait, l'homme a peu évolué dans sa matière de voir. Ce qui frappe le plus, en Michel, c'est cette constance qui marque les vraies personnalités.

Un côté sinistre 

Des gens photographiant des animaux, et en particulier des chiens, il en existe pas mal. Certains le font afin de provoquer le sourire, voire le rire. C'est le cas du très populaire Elliott Erwitt, aujourd'hui âgé de 87 ans. Certains se sont lancé dans la photo plasticienne, nettement plus lucrative de nos jours. Il suffit de citer William Wegman, qui aura humanisé au-delà du convenable sa tribu de braques de Weimar, en lui faisant arborer tous les déguisements possibles. 

Vanden Eeckhoudt ne se situe pas dans leur lignée. A 67 ans, il continue à nous faire davantage grincer des dents que sourire. Admirablement cadrées, ses images possèdent à tout prendre un côté sinistre. Elles constituent une sorte de reflet animal de notre existence ballottée et misérable. Les singes qu'il nous montre nous renvoient ainsi un miroir presque intolérable. Et encore! Meyrin n'a pas pris le plus tragique de qui est sorti de l'appareil manié par l'auteur.

Un lieu difficile

Vanden Eeckhoudt n'est jamais devenu une star. Il n'a jamais rien fait pour. Ses expositions restent rares, même si l'homme, membre de l'agence "Vu", jouit d'une forte réputation dans la profession. "Doux amer", illustré à Meyrin, découle d'un livre paru chez Delpire l'année dernière. La sortie de l'ouvrage préludait de quelques mois les "Rencontres" d'Arles, où l'artiste a bénéficié d'un bel accrochage durant l'été 2013. Un accrochage qui faisait de l'ombre à de multiples créateurs mieux connus du public. On peut donc comprendre que l'exposition voyage. 

Il semble certes bon que Forum Meyrin l'ait reprise. N'empêche que le lieu reste ce qu'il est. Située dans l'un des bâtiments les plus laids (et les plus prétentieux) de la banlieue genevoise, la galerie se révèle en prime presque introuvable. Une affichette annonce juste à l'entrée qu'il faut grimper un escalier. Le lieu se répartit en haut sur deux salles, séparées par une galerie donnant sur une sorte de salle des fêtes. On sent que Forum Meyrin s'intéresse davantage à sa salle de spectacles. La saison actuelle s'intitule "Comme dans un rêve". Le reste tient hélas du cauchemar.

A quand la grande exposition?

S'il faut saluer l'initiative, il est permis de regretter qu'un homme de l'importance de Vanden Eeckhoudt ne se retrouve pas dans une véritable institution. Je ne pense bien sûr pas au Centre de la photographie genevois, dont il y a peu à espérer, mais à l'Elysée ou au Fotomuseum de Winterthour. Ce dernier cesserait ainsi de s'égarer dans l'intellectualité ou dans une forme bis d'art contemporain mal compris. Un musée de la photo devrait se consacrer à la photo.

Pratique

"Vanden Eeckhoudt, Doux-amer", Forum Meyrin, 1, place des Cinq-Continents, Meyrin, jusqu'au 23 janvier 2015. Tél. 022 989 16 69, site www.meyrinculture.ch Ouvert du mercredi au samedi de 14h à 18h ainsi que les soirs de spectacle de 14h à 20h. Le livre a paru chez Delpire en 2013. Il comporte 48 photos réparties sur 112 pages. Photo (Vanden Eeckhoudt/Vu): L'un des chiens du photographe belge. L'un des plus joyeux.

Prochaine chronique le mardi 23 décembre. Le Musée d'Orsay se penche à Paris sur ses acquisitions des sept dernières années. Achète-t-il bien, au fait?

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