Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PHOTO / Olivier Christinat se dédouble

On pourrait parler d'un revenant. D'abord parce qu'il s'agit d'un retour à Genève après des années d'absence. Olivier Christinat a en plus été très malade l'an dernier. Son exposition chez Michel Foëx, dans le cadre d'Art en Vieille Ville, fait donc figure de petit événement. Le photographe vaudois expose en outre des images nouvelles. Elles doivent un peu se mériter. De prime abord, le spectateur ne voit rien. C'est peu à peu que le paysage se distingue, plus qu’il se détache. Il reste en effet très pâle, ou alors très sombre.

Olivier Christinat, vous avez 50 ans en 2013.
Cela me va. J'aime assez. Je me suis senti bien à tous les âges, mais je dois dire que chaque décennie me plaît davantage. Je ne me vois pas vieillir de l'intérieur. Le temps agit pourtant sur mon travail. Je pense avoir appris à faire des choix.

On a connu de vous plusieurs périodes très différentes. Il y a eu les portraits recomposés en noir et blanc, les nus, les scènes d'actualité recomposées...
Je n'ai jamais fait partie de ce qu'on appelle un mouvement. Je ne travaille pas en réseau. Il est cependant clair que j'ai subi des influences. Je fais partie d'une époque changeante, avec laquelle j'entre forcément en résonance.

La dernière fois que je vous ai vu à Genève, c'était avec des scènes d'actualité reconstituées.
Quand une image imprimée dans un journal me séduit, ou m'interpelle, je la découpe. J'avais réuni celles qui m'avaient le plus frappé. J'ai eu envie de les remette en scène dans un studio, avec des figurants, en n'en conservant que la chorégraphie.

Vous avez ensuite disparu.
C'était en 2004. Je me retrouvais dans une impasse. J'avais des expositions partout. En France. En Italie. Au Japon. A l'Elysée de Lausanne. Il me fallait produire des images et des tirages pour chacune d'elles. Les gens trouvaient ça très bien, mais je ne vendais rien du tout. Financièrement, je m'écrasais dans le mur. Au même moment, je suis devenu père. Je me suis marié. Il me fallait trouver une issue. J'ai décidé d'enseigner, mais pour cela il fallait faire des études pédagogiques. Et puis je suis tombé en panne d'inspiration.

Comment est-ce possible?
Ce n'était pas la première fois. J'ai toujours connu des creux. mais ils demeuraient courts. Trois mois. Six mois au maximum. Là, cela devenait permanent. J'avais une idée, que je suivais. Je me rendais compte que cela ne donnait rien. Le résultat me déplaisait. J'ai ainsi commis des paysages que je trouve nuls. Je n'arrivais plus rien à produire de valable, alors que la volonté de photographier restait ancrée en moi.

De quelle manière êtes-vous arrivé à vos vues de montagnes actuelles, presque invisibles?
Ce qui m'a fait tilt, à un certain moment, c'est de regarder l'arrière-plan des images. Des paysages, forcément. Ils sont aplatis par l'objectif, perdant ainsi tout relief. J'ai trouvé cela intéressant. Je me suis dit que je pouvais reprendre des fragments de certains clichés anciens. Ou alors en créer d'autres. Il suffisait d'adapter les conditions. Pour les vues de montagne présentées chez Michel Foëx à Genève, je regarde la montagne depuis la ville. De très loin. Pour les scènes de rues que je présente en ce moment à l'EPFL de Lausanne, j'observe les rues japonaises du haut d'un immeuble.

Pourquoi le Japon, au fait?
Parce que ma femme est Japonaise. Parce que je trouve que la vie dans ces mégapoles n'offre finalement rien d'agressif. Tout y tient du ballet. Il y a d'innombrables gens dans la rue et, pourtant, tout semble couler sans problème. Le fait que je ne parle pas un mot de japonais, en dépit de mes efforts, m'aide paradoxalement. Je suis obligé de tout voir sans comprendre.

Qu'est-ce que cela vous fait d'exposer à nouveau?
J'ai recommencé l'année dernière. Tout était prêt avant ma maladie. Je suis arrivé comme un mort-vivant au vernissage, après avoir failli y rester. Une maladie très rare, presque inconnue et semble-t-il très douloureuse, même si je n'en ai pas de réels souvenirs à cause des médicaments. J'ai rencontré à ce vernissage des gens qui m'ont demandé ce que mon comas artificiel et l'hôpital allaient apporter dans mon œuvre La question la plus stupide possible. Celle qui s'adresse, dans une sorte de délire romantique, aux artistes et aux écrivains. Réponse, mais rien, bien sûr! Est-ce qu'on se poserait le problème avec un électricien ou un boulanger?

Pratique

"Olivier Christinat", galerie Michel Foëx, 1, rue de l'Evêché, Genève, du 8 novembre au 25 janvier. Tél. 022 311 26 86, pas de site. Ouvert du mardi au vendredi de 14h30 à 18h30, samedi de 13h à 17h. EPFL, Lausanne, Rolex Learning Center, jusqu'au 24 novembre, site www.culture.epfl.ch Photo: L'un des paysages presque invisibles d'Olivier Christinat.

"Art en Vieille Ville" c'est ce jeudi soir et samedi

Douze galeries. Trois musées. "Art en Vieille Ville" se déclinera en deux temps et beaucoup de mouvements. Outre ce jeudi 7 novembre, vous disposerez en effet du samedi 9 novembre, jour où commenceront les Bains. La fin de semaine sera bien remplie. La baignoire débordera un peu. Il s'agira d'opérer des choix. Voici les miens pour "Art en Vieille Ville". Ils n'engagent que moi.

Outre Olivier Christinat chez Michel Foëx, je ferais un tour chez Jacques de la Béraudière. "Corps" réunit des sculptures modernes (Rodin, mort il y a bientôt cent ans en fait partie) et des photographes contemporains. Il s'agit d'une coproduction avec la Fondation Auer Ory, qui amènera notamment René Zurcher. Il faut toujours suivre ce que fait Phoenix Ancient Art, peut-être le plus beau magasin d'archéologie du monde. "Splendeurs" proposera des "petits chefs-d’œuvre de l'orfèvrerie antique".

De Chambon à Magnelli

"Emile Chambon" fait partie des peintres genevois importants du XXe siècle. A une condition, toutefois. Il faut choisir dans sa production torrentielle. Patrick Gutknecht s'attelle à cette tâche. Idem pour "Victor Brauner", que présente Interart. Du surréaliste, les Romands n'ont à mon avis rien vu d'important depuis la rétrospective, déjà ancienne, de l'Hermitage à Lausanne (1999). On ne saurait en dire autant d'"Alberto Magnelli". L'Italien est montré pour la cinquième ou sixième fois par Sonia Zannettacci, alors même que le Musée des beaux arts de La-Chaux-de-Fonds vient de clore son hommage à un peintre parfois génial et toujours intéressant.

Voilà. Après vous avoir dit qu'Anton Meier propose à nouveau Gaspare O. Melcher et que Rosa Turetsky renoue avec Marie Frechette, il me reste à parler des musées. Là, mon choix porte naturellement sur "Découvrez les Baga" au Musée Barbier-Muller. Une présentation que j'ai déjà vue, et qui est magnifique. Mais vous ne perdez rien pour attendre. J'y reviendrai.

Pratique

"Art en Vieille Ville", jeudi 7 novembre dès 18h. Samedi 9 novembre entre 11h et 17h. Site www.avv.ch Le 9 et le 10 novembre, pensez qu'il y a aussi les "portes ouvertes" des Bains. Ajoutez-y encore la présentation des "highlights" des ventes de Koller le 9, 10 et 11 à l'Hôtel de la Paix plus celle de Fischer le 7 chez Lionel Latham. Cela fait beaucoup. C'est même trop. Je sais.

Prochaine chronique le vendredi 8 novembre. Le musée d'ethnographie genevois, ou MEG, rouvre dans un an. Où en est-on? Le point avec le directeur Boris Wastiau.

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