Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PHOTO/Michel Lagarde prend la pose à Chêne-Bourg

C'est un lieu séduisant, dans une cour de Chêne-Bourg. Derrière la façade peinte en orange, Cyril Kobler a transformé son grand atelier de photographe pour créer des expositions et des événements ponctuels. Le Genevois présente en ce moment Michel Lagarde, qui n'avait jamais été montré en Suisse. Un homme orchestre. Non content de créer des images de toutes pièces, il en reste le seul et unique acteur, même si la scène représentée comporte de multiples personnages. 

Cet univers cohérent, au noirs et aux blancs puissants, suppose un énorme travail de confection et de synthèse. A partir d'un dessin, Lagarde imagine en homme de théâtre des maquettes. Il utilise des jouets, crée des mers de papier d'argent et des cieux faits de nuages bricolés. L'artisanal reste au cœur d'un travail pourtant réalisé en grande partie à l'ordinateur. Il faut enfin que le Français trouve et endosse les costumes des divers personnages. Ils se verront incrustés dans la photo, qui recevra sa touche finale à coup d'ombres ordonnées par photoshop. On comprendra que chacun des clichés aujourd'hui montrés par Cyril Kobler lui prenne au moins vingt jours.

Surcharge baroque

Le monde de Michel Lagarde ne ressemble en rien à celui de Gilbert Garcin, montré en 2013 en vedette à Arles et repris pour une campagne publicitaire par La Comédie genevoise en 2014. Si Garcin pratique un minimalisme qu'on pourrait qualifier d'existentialiste, Lagarde se veut maximaliste. Il surcharge jusqu'au baroque ses tableaux, renvoyant aussi bien à la peinture classique qu'au cinéma des années 1940. «L'escamoteur», où il apparaît dans 13 costumes en faisant 13 grimaces, sort directement d'un petit panneau de Jérôme Bosch. «El Publico» renvoie autant à Daumier qu'à la scène d'ouverture du «Senso» (pourtant en couleurs) de Visconti. 

Faut-il voir, parfois, des éléments biographiques dans cette débauche d'éléments tournant le dos au présent? «Je ne raconte pas ma vie, je m'amuse à l'interpréter», assure l'artiste. Nous voilà rassurés.

Pratique 

«Michel Lagarde, Dramagraphies-Autoportraits», Espace Cyril Kobler, 52bis, route de Chêne, jusqu'au 27 juin. Tél. 022 348 05 36, site www.cyril-kobler.com Ouvert mardi, mercredi et jeudi de 14h30 à 18h30. Photo (Michel Lagarde): Autoportrait en chef de gare. L'une des images les plus simples de l'exposition actuelle.

Ce texte accompagne celui sur la Fondation Auer à Versoix, situé imédiatement plus haut dans la file.

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