Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PHOTO/Marc Riboud est mort à 93 ans après une vie de reportages en Asie

Crédits: Joël Saget/AFP

La militante donnant en 1967, lors d'une manifestation à Washington contre la guerre du Vietnam, une fleur à un soldat américain, c'est lui. Enfin, c'est son oeuvre. Le peintre se découpant d'une manière aérienne sur les hauts de la Tour Eiffel en 1953 est aussi de lui. Idem pour le jeune Pakistanais, saisi masquant la moitié de son visage en 1959. Des icônes de ce genre, signées Marc Riboud, il en existe une quantité. Elles remplissent les livres dédiés au photographe français depuis les années 1990. 

Marc Riboud est mort le 30 août à 93 ans. Les artistes du 8e art disparaissent souvent très âgés quand ils ne se font pas tuer lors des grands (et parfois petits) événements dont ils rendent compte. Riboud était Lyonnais. Famille de grands bourgeois, moins riches cependant que les Lartigue ou les Cartier-Bresson. Ses frères deviennent ainsi industriels. Ingénieur de formation, Marc préfère, lui, l'image et l'aventure. Il envoie tout promener dès 1951. Deux ans plus tard, il entre à l'agence Magnum, dont il deviendra l'un des membres les plus éminents. Après avoir parcouru l'Angleterre, il découvrira ce qui restera jusqu'au bout son terrain d'élection. Un terrain plutôt vaste, puisqu'il s'agit de l'Asie, de la Turquie des années 1950 au Vietnam des décennies suivantes en passant par l'Iran révolutionnaire de 1979.

Une fascination pour la Chine 

Le pays qui aura le plus fasciné le Français reste cependant la Chine, longtemps inaccessible. En 1956, les autorités communistes mettent ainsi une année entière à lui accorder un visa. C'est un début. Jusqu'en 2010, Riboud va montrer l'évolution du pays, qui tel un dragon, n'en finit pas d'ouvrir et de refermer ses griffes. Aux aimables scènes de rue, aux reliquats d'un pays très ancien correspondent ainsi des scènes de tribunal rééducatif sinistres et des vues assez terrifiantes du travail. Les reportages se terminent sur la vue d'une nation ultra-moderne, lancée dans un course un peu folle au progrès et à la richesse. ces dernières frappent sans doute moins, mais Riboud n'a jamais perdu de son talent, comme le Doisneau ou le Cartier-Bresson de la fin. 

C'est d'ailleurs entre ces deux personnages, qui ont fait de l'ombre à sa carrière, que Riboud se situe. De Doisneau, il aurait l'attention portée aux gens, un discret humour, une chaleur certaine, mais aucune tendance à la mise en scène. Du second, plus froid, plus cérébral, il a bien sûr retenu la leçon de «l'instant décisif». Du moment historique, parfois peu clair quand on reflète à chaud l'actualité internationale. Tout ce qui est dire doit figurer dans une seule et même image. Chaque amateur peut une fois saisir un de ces moments. Le hasard. Le miracle avec Riboud, qui compose sans doute davantage ses cadrages que Cartier-Bresson, c'est qu'ils aient été si nombreux pour lui. Tapez Marc Riboud sur votre ordinateur, et vous verrez. Il est l'auteur de bien davantage de clichés célèbres, presque toujours dans un noir et blanc contrasté, que vous ne le pensiez.

Photo (Joël Saget/AFP): Marc Riboud ver 2000.

Texte intercalaire.

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