Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PHOTO / Le retour dénudé de René Zurcher

En juin dernier, Michel et Michèle Auer ouvraient dans leur maison d'Hermance une fondation vouée à la photographie. Tout le monde était là pour fêter la naissance et voir des images déjà anciennes de René Groebli. 

C'est à un autre René, le Lausannois René Zurcher, que le couple de collectionneurs dédie sa troisième exposition. La maison de la rue du Couchant accueille ainsi des images, parfois très grandes, dont le dénominateur commun serait le corps. Quelques planches de contact permettent parallèlement de voir l'étendue du travail fourni par l'artiste dans les années 1990. Tout est en effet retravaillé de manière picturale. Zurcher fragmente et recolle. Il crée de large coulée évoquant le pinceau. Ces procédés ne visent pas à adoucir le propos. Bien au contraire. Il s'agit là d'une photographie très intense et très dure. 

Achats et don

«Nous avons découvert René lors d'un prix du Grand Passage», explique Michel Auer à un public cette fois réduit au (large) cénacle des (vrais) amateurs. Le grand magasin genevois, alors indépendant, avait créé une récompense cotée. Zurcher l'a obtenue en 1992. Séduits, les Auer ont alors effectué leurs premières emplettes. Ils ont suivi l'artiste qui, en retour, fait aujourd'hui don à la Fondation d'une série de tirages, afin qu'il subsiste de «Corps» une série complète. La chose trouve ainsi pour lui un sens. 

La Fondation, une des rares instances genevoises consacrées au 8e art, travaille avec ses propre moyens. Elle n'est pas subventionnée. Au fait de se trouver dans un village, elle ajoute du coup un autre handicap. Il n'existe pas d'heure d'ouverture fixe. On est reçu sur rendez-vous, ou en prenant le risque de sonner. Le plus simple reste d'envoyer un courriel pour arranger les choses. «C'est difficile, mais nous avons eu pour la précédente exposition la visite de 300 personnes que nous ne connaissions pas», explique Michèle Auer. Voilà qui semble plutôt encourageant. 

Pratique

«René Zurcher, Corps 1991-1997», Fondation Auer Ory pour la photographie, 10, rue du Couchant, Hermance, jusqu'au 25 septembre. Tél.022 751 27 83, site www.auerphoto.com adresse mail info@auerphoto.com L'exposition est assortie d'un livre édité par la fondation, «René Zurcher, Carnet No 3». Photo: "Corps # 2", 1991.

 

René Zurcher: "Je reste lié au monde argentique"

René Zurcher assistait bien sûr au vernissage de son exposition hermancienne (ou hermançoise, vous avez le choix). En famille. Il y avait son père. Plus les Auer, qui le suivent fidèlement depuis 1992. C'était l'occasion de lui poser quelques questions. Entretien debout, un verre à la main. 

En 2004, après l'affaire de l'Elysée, qui avait été contraint retirer de ses murs vos «portraits ophtalmiques», sous prétexte qu'ils contrevenaient au secret médical, vous vouliez arrêter la photographie...
J'ai donc continué... Cette affaire, qui a supposé neuf mois de procédures judiciaires, m'a pompé énormément d'énergie. J'ai fini par gagner le procès. Cette histoire aura eu une conséquence imprévue. Si le public n'a pas vu mes photos à l'exposition «Je t'envisage», il les a retrouvées à l'Elysée même, pour «Controverses» en 2008. Or cette manifestation, conçue par Daniel Girardin et Christian Pirker, s'est révélée la plus fréquentée de l'histoire du musée, avant d'aller à la Bibliothèque nationale de France et de se promener ailleurs... 

Quel effet vous fait l'actuelle exposition à Hermance?
C'est évidemment un grand plaisir que de découvrir l'ensemble de ce travail sur le corps réuni. Je ne l'avais jamais vu ainsi. Il ne comporte pourtant que 31 images, choisies parmi des milliers. 

Il s'agit pourtant là d’œuvres anciennes, remontant aux années 90.
A 45 ans, je date forcément d'avant le numérique. Je reste lié à l'argentique, qui disparaît aujourd'hui presque complètement. Il n'y a ici aucun travail sur Photoshop. Tout a été exécuté manuellement. J'aime ce mode artisanal, lié à la chimie et au papier. Certaines de ces images demeurent uniques. Mais toutes le deviennent en fait, dans la mesure où chaque exemplaire connaît autrement des différences. 

Que faites-vous maintenant?
Je mélange l'image fixe, qui peut aussi être du dessin, et celle en mouvement de la vidéo. Une autre exposition est ainsi prévue en 2013. Elle aura lieu à Montreux, dans un magnifique appartement, vidé pour l'occasion. Il s'agit pour moi d'une création parallèle, que je poursuis depuis dix ans. J'ai du coup décidé de ne pas la signer de mon nom. Il s'agira d'Osmocosomo. Je vois la chose comme un travail conscient sur l'inconscient.

Vivez-vous de votre art?
J'ai développé une pratique de thérapeute à Lausanne et à Paris, qui fit ressortir cette dimension inconsciente. Après tout, je vois bien dans Osmososomo une thérapie.

Et vous avez pour ça des clients?
Mais oui!

Prochaine chronique le mardi 4 juin. Du nouveau à l'Elysée (L'Elysée de Lausanne, bien sûr!)

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