Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PHOTO/Le livre de Nicolas Righetti pour le Muséum genevois a paru. A voir!

Crédits: Nicolas Righetti/Muséum d'histoire naturelle

Après l'exposition, le livre. Le Muséum d'histoire naturelle présentait le vendredi 13 janvier, en soirée, «Visites guidées» de Nicolas Righetti, qui sert d'album aux photos de famille prises pour les 50 ans de l'institution genevoise à Malagnou. Un ouvrage coédité avec Favre, de Lausanne, et dont le graphisme a été confié à François Bernaschina. Beaucoup d'images. Peu de textes. Ceux-ci ressemblent d'ailleurs à la feuille de salade meublant dans les restaurants l'assiette du jour. De la décoration.  Je n'en parlerai donc pas. 

Je vous ai déjà dit le bien que je pensais de Nicolas comme artiste et comme personne. Il existe dans les deux une exubérance et une jovialité rares dans la photographie suisse, qui reste ordinairement très pincée et très pain sec. Ces deux qualités ressortent du travail exécuté pour le musée dirigé par Jacques Ayer. Une commande en fait triple. Il s'agissait d'une part d'inciter un certains nombre de Genevois vaguement connus (on ne peut pas être «people» en Suisse romande) à jouer avec des animaux empaillés. La même offre se voyait faite à des visiteurs, aussi bien locaux qu'exotiques. Le personnel du Muséum était enfin montré avec ce qui reste de l'alligator Ali, mort de vieillesse en ces lieux. Pour une raison qui m'échappe, le saurien a été naturalisé de la gueule au milieu du corps seulement. Où a fini le reste du corps et la queue? Je me le demande un peu.

Hiérachie par le format 

J'avais également déclaré, dans une chronique m'ayant valu une verte réponse du directeur, que la mise en scène et l'accrochage m'avaient paru indigne du travail de Nicolas Righetti. Il semblerait qu'il n'y ait pas eu assez d'argent. Le Muséum serait pauvre, ce dont je m'étais pas rendu compte en découvrant sa luxueuse présentation consacrée aux dinosaures. Toujours est-il que ces contingences ne jouent pas avec le livre, divisé en trois parties. Le public précède juste les invités et le personnel du musée. Tous les sujets photographiés ont été inclus, ce qui n'est pas forcément une bonne idée, et j'y reviendrai. Le maquettiste a établi sa hiérarchie par celle de formats, allant de la pleine page (rare) à la vignette (fréquente). 

Or tout n'apparaît pas, et de loin, de la même veine. Il y a des compositions extrêmement réussies et d'autres tenant du remplissage. Certains modèles sont plus inspirants que d'autres. Il y a aussi ceux qui sont prêts à donner beaucoup d'eux-mêmes, ce qui constitue une forme de risque, et ceux qui resteront toujours sur leur quant-à-soi. Vous pouvez mettre Ruth Dreifuss ou Darius Rochebin en pleine jungle. La première restera une conseillère fédérale, que dis-je une présidente de la république en visite. Le second n'enlèvera même pas sa cravate de présentateur TV modèle et de gendre idéal. Bénédicte Montant a accepté, elle, de se mouiller (au propre), tout en tenant une tortue entre deux jet d'eau. Un bon point. Mais la députée reste raide comme un piquet, ce qui rend sa présence très absente.

Des inconnus en vedette 

Et puis il y a les autres! Sami Kanaan est excellent, appuyé sur un bison. Notre ministre de la culture y puise de la force. Les portraits de Nicolas Vernier, président des Amis du Muséum (1), avec ses papillons et de Cédric Robeiro, président de l'exposition cantonale d'aviculture, entouré d'un envol de poules empaillées, possèdent une véritable force poétique. L'écrivaine Mélanie Chappuis est très bien avec ses ibis rouges de tailles très différentes. Comme toujours, la vedette se voit parfois volée par des inconnus. C'est l'un d'eux, John, qui fait d'ailleurs la couverture, lâché en costume rose parmi les panthères d'une Amérique du Sud en toile peinte. La «cover» aurait tout aussi bien pu se voir prise par François, en saharienne face à des gorilles que l'éclairage toujours très soigné de Nicolas Righetti rend vivants. 

Côté photo, j'aurais davantage de réserve pour la galerie consacrée aux gens du Muséum. Un exercice de style, avec Ali en figure imposée. D'où un caractère répétitif, en dépit des mises en scène. J'aurais aussi un bémol pour le graphisme. On ne coupe jamais une photo en deux par le pli central. Ceci d'autant plus ici qu'un format oblong a été prévu. Et puis il y a bien sûr les illustrations de trop, laissées pour ne vexer personne. Il eut fallu élaguer. Autrement dit supprimer. 

Il n'empêche que le lecteur se retrouve devant un bel objet et un photographe qui mériterait une fois une belle exposition. Mais où, voilà le problème! A Genève, je vois mal. Il faudrait pour cela remodeler le BAC (Bâtiment d'art contemporain). L'Elysée reste trop sérieux. Le Fotomuseum de Winterthour trop ennuyeux. Décidément, la vie est difficile...

(1) Le pauvre. C'est l'oublié des "remerciements" finaux.

Pratique

«Visites guidées», de Nicolas Righetti, Musée d'histoire naturelle de Genève, exposition jusqu'au 14 mai. Le livre a paru aux Editions Favre, 176 pages. 

P.S. Lors de la soirée marquant les 50 ans du Muséum à Malagnou, le livre était dédicacé par Nicolas Righetti. La signature venait après l'achat du livre. Même les modèles photographiés ont dû passer à la caisse. Un geste d'une rare élégance, même si le Muséum joue aux mal subventionnés. Je précise que je n'ai rien donné et que j'ai tout de même obtenu la gratuité. Payer pour avoir posé et pour pouvoir en plus écrire un article rédactionnel, cela fait beaucoup n'est-ce pas?

Photo (Nicolas Righetti/Muséum d'histoire naturelle, Genève): L'écrivain Joël Dicker avec un aigle royal.

Prochaine chronique le samedi 21 janvier. François Morellet et ses amis au Musée des beaux-arts de Chambéry.

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