Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PHOTO/La Fondation Auer propose Louis Stettner à Hermance

«C'est l'un des grands de la photographie, mais les gens le savent trop peu.» Pour Michel et Michèle Auer, qui présentent l'Américain de Paris dans leur fondation d'Hermance, Louis Stettner incarne une amitié de quarante ans. Avec un domicile commun. L'Américain a succédé au couple dans leur maison de Saint-Ouen, quittée au moment du retour à Genève. «Il aurait dû être là pour le vernissage. Il a fait une mauvaise chute dans l'escalier. A 93 ans, l'équilibre n'est plus le même.» 

Bien sûr, Stettner reste l'auteur de quelques icônes. La plus célèbre représente un homme chauve de dos, sur un banc, face aux gratte-ciel de New York. «Pour Louis, elle constitue une sorte de rente viagère. Il en tire régulièrement de nouvelles épreuves. Il faut dire qu'il s'agit en plus d'un tireur remarquable, ce qui ne va pas de soi pour un photographe.» D'autres œuvres, aux murs de la Fondation, se révèlent bien connues, mêmes si peu de gens pourraient citer le nom de leur auteur. Cela vaut surtout pour celles de Paris, où Stettner s'est installa dès 1947. Elles participent de cette vision humaniste que partageaient alors Izis, Boubat, Ronis et bien sûr Doisneau.

Un parcours d'homme de gauche 

Mais qui est Stettner? Un enfant d'émigrés juifs, originaires de Russie ou de Pologne suivant les époques, tant les frontières ont bougé à l'Est. Il a vu le jour à Brooklyn, quartier populaire, en 1922. Il s'engage au début de la guerre, ce qui lui fait parcourir le monde entier, de la France à la Nouvelle-Guinée. Ses convictions politiques le poussent vite à un art social. Il adhère à la Photo League, de gauche, qui prend une odeur de souffre après 1946. Le maccarthysme y voit un nid de communistes. Difficile de trouver du travail et des lieux d'exposition... D'où une fuite en Europe que Stettner partage avec bien des cinéastes, de Jules Dassin à Joseph Losey. 

L'homme suit à Paris une école de cinéma. Son domaine demeure cependant celui de l'image fixe. Enfin, pas si statique que ça. Il y a souvent, chez Louis Stettner un léger flou trahissant aussi bien le mouvement que l'émotion. La campagne l'intéresse peu. Trop calme. Il lui faut des agglomérations, si possible gigantesques. «Stettner est sans un aucun doute un citadin», a dit de lui Brassaï, que Stettner considère comme son mentor. «Il trouve son véritable élément dans la capharnaüm des grande villes, où tout est art, artifice et intelligence, sueur et sécrétion des hommes.»

Le charme des années 1950 

La sélection que Michel et Michèle Auer ont opérée sur les centaines d’œuvres de Stettner leur appartenant comporte une cinquantaine de pièces. Elles ont été produites des années 40 à la fin du millénaire dernier. On sent, comme pour nombre de ses contemporains, Stettner particulièrement à l'aise dans la période 1945-1960. Il s'agit d'une période photogénique, avec le reflet de mégapoles que la crise, puis la guerre ont provisoirement momifiées. Après, tout va trop vite. La rue devient froide. Utilitaire. Un monde de grands magasins et de bureaux. Toute vie personnelle semble s'en être retirée. 

La rétrospective s'accompagne d'un joli petit livre, à couverture verte. Il pose le même problème que la visite. La Fondation Auer pour la photographie n'a pas d'heures fixes de visite, faute de moyens financiers. Il faut lui téléphoner (ou envoyer un courriel) pour voir. «Mettre ce carnet, le onzième que nous éditons, en librairie nous apparaît très compliqué», explique Michèle Auer. «nous y avons donc renoncé.»

Pratique 

«Louis Stettner», Fondation Auer, 10, rue du Couchant à Hermance, jusqu'au 30 août. Tél. 022 751 27 83, mail info@auerphoto.org site www.auerphoto.com Photo (Louis Stettner): "Pennsylvania Station, New York" (1961). 

Clergue à la galerie Jacques de la Béraudière

Fondateur en 1970 des «Rencontres» d'Arles, sa ville, Lucien Clergue s'est éteint à 70 ans en septembre dernier. Couvert d'honneurs, l'homme laisse un œuvre qui a ses admirateurs comme ses détracteurs. Ces derniers y détectent un certain académisme. On sait que le Provençal a eu des sujets de prédilection tout à fait classiques. Portraitiste de Picasso, il a donné de nombreux nus, zébrés d'ombre ou non, comme des détails pris dans la nature. Ils prennent, agrandis, une force surréaliste. 

Jacques de La Béraudière présente aujourd'hui de très grands tirages de Clergue. Tirages d'époque. Tous proviennent d'un seul collectionneur. Un Suisse, lié à Clergue, qui les met aujourd'hui en vente. Le film argentique et le papier baryté ancien mettent bien sûr en valeur ces femmes allongées sur le sable ou ces roseaux se reflétant dans les eaux de Camargue.

Pratique 

«Hommage à Lucien Clergue», Galerie Jacques de La Béraudière, 2, rue Etienne-Dumont, Genève, jusqu'au 31 juillet, Tél. 022 310 74 75, site www.delaberaudiere.ch Ouvert du lundi au vendredi de 9h30 à 13h30 et de 14h30 à 18h30.

Prochaine chronique le dimanche 21 juin. Le British Museum de Londres relit l'art grec antique. "Defining Beauty".

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