Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PHOTO/La Fondation Auer inaugure Boléro à Versoix

Le nom tient de la danse exotique et de la jaquette ultra courte. Le «Boléro» de Versoix se réfère en fait à Maurice Ravel, originaire de la commune par son grand-père. Son oncle Edouard fit d'ailleurs, vers 1900, une belle carrière de peintre à Genève, décorant notamment de dames symbolistes l'escalier de la Salle communale de Plainpalais. 

Mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit vraiment aujourd'hui. Ce nouvel espace, situé au premier étage d'une maison récemment construite par la commune en face de la gare, inaugure son existence, après deux galops d'essai, avec une exposition ambitieuse. Il présente les «Trésors de la Fondation Auer Ory pour la photographie». Une institution privée dont j'ai plusieurs fois eu l'occasion de vous parler. Michèle et Michel Auer l'ont inaugurée dans leur maison d'Hermance, il y aura bientôt deux ans. Il s'agit aussi là d'un lieu d'exposition, assez confidentiel. Dès le 30 mai, le public pourra y voir un hommage à l'Américain Louis Stettner.

Primitifs, classiques et modernes 

Quels sont au fait ces «trésors»? Des images et les appareils qui leur sont liés, de la chambre pour daguerréotypes aux Leica des années 1970. Sinueux, le parcours propose ainsi des primitifs, comme Jean-Gabriel Eynard ou Auguste Belloc, des classiques, de Man Ray à Lewis Hine, et des modernes, dont Josef Koudelka et René Zürcher. Attention tout de même! Toutes les images entassées dans le catalogue n'ont pas trouvé place sur les cimaises, pourtant serrées. Comme toujours avec les Auer, il a fallu une cure d'amaigrissement. Le livre contient 339 photos. Il doit en subsister dans les 200, ce qui est déjà beaucoup. 

Mais trêve de préambule. Comment une telle exposition est-elle possible? Rencontre avec Michèle et Michel Auer. Comme l'un complète souvent la réponse de l'autre, en lui coupant si possible la parole, je vais les unir dans mon texte. 

Par quelles voies vous retrouvez-vous à Boléro, où votre exposition a été inaugurée le 25 avril?
Notre ami Olivier Delhoume, qui habite Versoix, a suggéré qu'un étage de l'une des deux maisons récemment édifiées par la commune soit réservé à la culture, au lieu de donner des bureaux supplémentaires. Il a su se faire entendre. Boléro lui a été confié. Il nous a demandé de venir présenter une petite partie de notre collection. Cela posait un problème. Olivier présidait notre Fondation. Il nous a donc donné sa démission en même temps qu'il nous invitait. Il sera remplacé chez nous par David Broillet, qu'on connaît comme collectionneur d'art contemporain. Voilà! 

Que vous a-t-il suggéré de montrer ici?
Des œuvres anciennes. A Hermance, nous présentons des contemporains, ce qui nous semble logique. Nous recevons beaucoup de dons d'artistes. Il faut bien leur manifester notre reconnaissance. Nous possédons cependant surtout des clichés anciens. Il s'agit d'offrir ici un retour aux sources. Les musées suisses montrent en fait très peu de photos du XXe siècle. Nous avons cependant ouvert à Versoix des pistes menant jusqu'à aujourd'hui. 

Vous aviez déjà montré des pans de votre collection au Musée d'art et d’histoire en 2004. A-t-elle fondamentalement changé depuis?
Fondamentalement, non. Elle s'est cependant complétée par dons, comme je vous le disais, mais aussi par échanges et par achats. Le plus important de ces derniers, que nous proposons à Versoix, est une série de calotypes d'Hippolyte Bayard remontant aux années 1840. Cette série illustre les tout débuts de la photographie. Bayard est arrivé en même temps que Daguerre. Il a cependant eu l'idée géniale d'une image tirée sur papier, et donc multipliable comme l'était à l'époque la gravure. Puisque vous rappelez l'exposition du MAH, nous avons eu à cœur de ne pas ressortir, dans la mesure du possible, les mêmes images. 

Combien en possédez-vous au fait aujourd'hui?
Nous n'avons jamais recompté. Nous disons toujours 50.000. Mais il y en a sans doute bien davantage. Nous avons ainsi reçu le fonds de l'agence de presse Len Sirman. Le trier et le classer prendrait au moins six mois. Il a là le meilleur et le pire. Mais cela nous importe peu. Notre politique reste de dire: «Ne jetez surtout pas. Donnez-nous.»

Pratique

«Trésors de la Fondation Auer Ory pour la photographie», Boléro, 8, chemin Jean-Baptiste Vandelle, Versoix, jusqu'au 7 juin. Tél. 022 775 66 00, site (une horreur!) www.versoix.ch Ouvert du mardi au dimanche de 15h à 18h, le jeudi jusqu'à 19h. Photo (Collection Auer): Frères Bisson, «Sérac des Bossons, passage de l'Echelle», 1862. Un classique de la photo de montagne. Un énorme matériel devait alors être transporté à dos d'homme. 

Cet article est accompagné d'un autre sur l'exposition du photographe Michel Lagarde à Chêne-Bourg. Le texte se situe juste en dessous dans le déroulé. 

Prochaine chronique le lundi 25 mai. L'art contemporain bis existe. Il a même tendance à se multiplier.

 

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