Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PHOTO/La collectionneuse Marion Lambert écrasée par un bus à Londres

Crédits: Harry Benson/Metropolitan Museum of Art

«Woman, 73, hit by bus in Oxford Street, dies in hospital». C'est le titre d'un tout récent fait divers paru à Londres dans l'«Evening Standard». La victime de l'accident est pourtant bien connue des Genevois, puisqu'il s'agit de l'excentrique baronne Marion Lambert. La dame fut, dans les années 1970 et 1980, l'une des grandes acheteuses ayant fait de la photo moderne un coûteux objet de collection. Elle avait alors créé avec son mari la Fondation LAC pour sa promotion. 

Marion Lambert était la veuve de Philippe (1930-2011), descendant d'une richissime famille de banquiers belges. La Banque Lambert s'était installée aux Eaux-Vives dans un bâtiment conçu par un Mario Botta au sommet de sa vogue. Succursale. Ce n'est pas ce que le Tessinois a produit de meilleur, mais une grande inauguration s'imposait cependant fin novembre 1996. C'est alors qu'éclata le scandale. La baronne avait prévu de montrer dans l'établissement, dont son mari était actionnaire minoritaire, 300 images signées des plus grands noms: Robert Mapplethorpe, Nan Goldin, Thomas Ruff, Andy Warhol ou Man Ray. Le jeune directeur de la banque Guy de Marnix a cru s'étouffer en voyait ces drogués, ces sidéens ou ces travestis. Il exigea le retrait de 14 photos.

Une censure qui a fait du bruit 

Mal lui en prit. La baronne fit un foin pas possible avec conférence de presse. Elle montrait aux journalistes des lettres de soutien contre cette censure, signées par le gratin artistique de l'époque de Thomas Krens (les musées Guggenheim) à Maria de Corral (qui dirigea une Biennale de Venise). Il y eut ensuite au BAC une grande soirée, avec les images censurées. Elle resta boudée comme prévu par les proches de la banque. Je m'en étais alors fait l'écho, à l'ire de la baronne. Je me suis donc retrouvé en conciliation avec elle (et son avocat) à la «Tribune de Genève». Cette blonde aussi sûre d'elle-même que de son "brushing" exigea un droit de réponse, qu'elle n'utilisa d'ailleurs jamais. Nous nous revîmes une ou deux fois après, comme si de rien n'était. Bonjour, bonsoir. Ainsi va la vie dans le monde. 

La baronne, qui a depuis beaucoup acheté et beaucoup vendu, avait eu d'autres soucis entre-temps. Une vraie tragédie. Sa fille s'était suicidée en 1997 à 20 ans, après avoir accusé d'abus sexuels dans sa pré-adolescence un ami de la famille. Ce dernier a toujours nié. L'affaire a fini par être classée par la justice genevoise, en dépit d'un ténor du barreau local célèbre par ses imparfaits du subjonctif. Si vous voulez en savoir davantage, je vous renvoie au Telegraph. On revoyait ces derniers temps la dame (que je croyais plus âgée, avec sa silhouette longiligne et squelettique très jet-set) de manière sporadique. Elle vivait pourtant partiellement à Genève, dans un petit hôtel particulier de Champel. 

Son décès n'a pas passé inaperçu de la presse d'art. Cette dernière a rendu hommage à ce qui constituait, pour le moins, une forte personnalité. 

Photo (Harry Benson): Marion Lambert au milieu d'une réunion de collectionneurs de photos au Metropolitan Museum de New York. C'était en 1999.

Texte intercalaire.

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