Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PHOTO/L'Elysée se consacre à la "reGeneration"

Un malheur n'arrive jamais seul. En 2005, l'Elysée de Lausanne, alors dirigé par William A. Ewing, lançait le projet «reGeneration». Il s'agissait de montrer la «jeune scène photographique». Le choix se voyait effectué en collaboration avec les écoles d'art, ce qui peut sembler discutable. Les dites institutions ne constituent-elles pas des entreprises de formatage et de conformisme? N'a-t-on donc plus le droit d'être autodidacte? 

L'Elysée a rebeloté en 2009, proposant 50 nouveaux talents, ou supposés tels. Un lustre a passé depuis. Il semblait temps de proposer une troisième mouture de la chose, avec également 50 (en fait 53) lauréats. Une différence cependant, mais de taille. Toute approche artistique intégrant la photographie se voyait cette fois prise en compte. Il s'agissait de montrer le caractère «polymorphe» du 8e art, comme le dit dans son texte (un texte qui cite comme il se doit comme béquilles intellectuelles Baudrillard, Barthes, Walter Benjamin et tutti quanti) la commissaire Anne Lacoste.

Meubles et sacs mortuaires 

Si la chose ne saute pas aux yeux dans le livre d'accompagnement, dont les images aplatissent forcément les choses, elle devient évidente dans les salles du musée lausannois. Il y a ici de tout. Les Tchèques Anna Gutová et Gabriel Fragner ont amené leurs meubles. L'Estonien Karel Koplimets complète son reportage sur les homicides par des sacs mortuaires. La prestation de l'Anglaise June Calypso sur les diktats de la beauté consiste en une vidéo. Les portes des discrets établissements financiers montrées par le Suisse Giacomo Bianchetti existent par le texte accompagnant chaque image. 

Les mots jouent d'ailleurs ici un rôle déterminant. Sans eux, la plupart des séries présentées aux murs (ou ailleurs, vu le fameux caractère «polymorphe») ne tiendrait tout simplement pas debout. Aucun impact direct ici. Tout se voit médiatisé. Intellectualisé. Le visiteur se retrouve face à des concepts dont de gentils artistes lui donnent les clefs, pour ne pas dire la posologie. D'où sa faible émotion, même si la plupart des thèmes traités apparaissent dramatiques. On ne sort ici guère de la catastrophe.

Postes et miniatures persanes

Que retenir de ce magma? Un certain nombre de choses, bien sûr, un peu perdues dans la dérive des espaces et des installations. La série de Rachel Boillot sur la disparition des bureaux de poste aux Etats-Unis forme un bon reportage. Les mises en scène de l'Américaine Jennifer B. Thoreson sur la maladie se révèlent impressionnantes. Les miniatures persanes imaginées par le Turc Sinan Tuncay illustrent bien les freins à la modernité dans son pays. Il y aurait bien sûr d'autres gens à citer... 

Un dernier mot. Le catalogue se veut très graphique. Il l'est. N'empêche qu'il se consulte difficilement. Même divisés en trois groupes, selon leur approche, les artistes pourraient au moins se voir servis, dans les notices, avec un ordre alphabétique.

Pratique

«reGeneration3», Musée de l'Elysée, 18, avenue de l'Elysée, Lausanne, jusqu'au 23 août. Tél. 021 316 99 11, site www.elysee.ch Ouvert du mardi au dimanche, de 11h à 18h. Photo (Elysée): L'une des mises en scènes de Jennifer B. Thoreson.

Ce texte accompagne l'entretien avec Tatyana Franck, la nouvelle directrice de l'Elysée. Il se trouve immédiatement plus haut dans le déroulé.

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