Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PHOTO/Georges Rousse est de retour chez Guy Bärtschi route des Jeunes

Il y a retour et retour. Avant que Jan Fabre s'installe le 7 novembre dans sa galerie de la rue du Vieux-Billard, Guy Bärtschi a invité Georges Rousse à animer son loft des la route des Jeunes. Le galeriste suit ainsi ses artistes durant des années. Les mêmes se sont ainsi déjà retrouvés chez lui à l'époque le la rue Etienne-Dumont, ou d'un premier lieu dans l'autre partie du Vieux-Billard. 

Vous connaissez Georges Rousse, régulièrement présent en France ou en Suisse. Il proposait cet été une installation à Rossinière. Né en 1947, l'artiste investit un lieu, voué à la démolition ou à la rénovation. Il y trace sur les murs et les poutres, voire sur une cheminée, des mots ou des figures géométriques. Mais attention! Ceux-ci n'apparaîtront dans leur lisibilité que d'un seul point du vue (1), sans qu'il s'agisse pour autant d'une illusion d'optique. Georges a aboli, ou plutôt gommé, par la peinture les effets de profondeur. Dans l'actuelle présentation chez Guy Bärtschi, certaines images (puisque Rousse en fait ensuite des photos) permettent de lire en blanc le mot «Utopia» (2). C'est l'occasion de poser quelques questions.

Georges Rousse, pourquoi l'utopie?
Parce qu'il s'agit là d'un travail réalisé en résidences à Guise entre 2008 et mars 2015. Guise, dans l'Aisne, a vu la construction, à partir de 1859, d'un «familistère», sous l'impulsion de Jean-Baptiste André Godin. Créateur du poêle de chauffage Godin, qui existe encore, cet industriel y fourriériste rassemblait au même endroit ses ouvriers dans des conditions optimales pour l'époque. Ils avaient des appartements, l'eau courante et même une école pour les enfants, alors que l'éducation restait encore un luxe. 

Comment cet ensemble a-t-il été construit?
En plusieurs étapes, bien sûr! Il y a au final trois grands bâtiments, qui répondaient à l'idéologie saint-simonienne. Le but était le bonheur de l'humanité et non de créer un univers carcéral. La particularité de Guise, c'est d'avoir duré longtemps. Tout est demeuré en place jusqu'en 1968, année hautement symbolique. Les appartements ont alors été vendus à bas prix lors de la transformation de Godin en société anonyme. Les nouveaux habitants n'ont pas eu les moyens d'entretenir ce lieu séculaire. La grande verrière a beaucoup souffert. C'est récemment qu'a été lancée une idée de réhabilitation, après classement du lieu en 1991. Il s'agissait d'en faire à la fois des logements modernes et un lieu culturel. Reste encore un corps, à demi ruiné. C'est celui que j'ai occupé à la demande de Frédéric Panni. J'ai cependant aussi conçu une œuvre sous la verrière refaite. J'y ai reconstitué le pavillon de l'économat en treillis de bois, avec une peinture montrant un rond blanc vu d'un point précis.

Vous vous êtes donc servi de logements abandonnés.
Oui. Ils sont dans leur état des années 60. Beaucoup, dans cette région un peu froide, ont été pourvu à l'époque de grandes panneaux photographiques montrant des forêts ou des lieux idylliques. On peut voir dans ces images une autre forme d'utopie. 

Vous poursuivez depuis maintenant des décennies le même travail. Sans lassitude?
Eh bien non! Je sens qu'il y a encore des tas de choses à faire. Le plaisir se renouvelle en découvrant de nouveaux lieux, qui me sont aujourd'hui offerts. Des endroits dans lesquels je vais créer des installations éphémères. En principe, tout est détruit au bout de quelques semaines. Quelques mois au mieux. Il en reste bien sûr les photos, qui sont cette fois à Genève après avoir bien sûr été montrées cet été à Guise. Mais elles ne constituent qu'une trace. 

Des projets?
Deux en gestation. Il y en a un au Canada. L'autre, s'il se matérialise, sera pour moi insolite. J'ai récemment exposé à New York. Des gens de Las Vegas sont venus me trouver. Je trouverais très stimulant de travailler dans cette ville où les architectures changent tout le temps. 

(1) L'idée existait déjà dans la peinture religieuse baroque. On pense aux fresques du Père Pozzo.
(2) On pourra fêter l'an prochain les 500 ans du mot. Le livre de Thomas More date de 1516.

Pratique

«Georges Rousse, Utopia», Art Bärtschi Co, 43, route des Jeunes, premier étage. Tél. 022 310 10 13, site www.bartschi.ch, jusqu'au 5 décembre. Visites sur rendez-vous. Le livre existe. Il est publié par le Familistère, boutique@familistere.com On peut commander. 

Photo (Georges Rousse): L'un des mots Utopia. Il y a aussi route des Jeunes des figures simples, comme le triangle ou le carré. «J'en fait parfois plusieurs versions, en changeant les couleurs, non pas à l'ordinateur mais sur les murs et les poutres.» 

Texte intercalaire.

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