Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PHOTO/Figure tutélaire de Magnum, l'Iranien Abbas est mort à 74 ans

Crédits: AFP

C'était un grand nom, ou plutôt un grand prénom de la photographie. Un peu comme notre Zalmaï, pris entre la Suisse et l'Afghanistan. Abbas vient de mourir à Paris, qui constituait sa base depuis bien des années. L'homme avait 74 ans. Il s'agissait d'une figure tutélaire de l'Agence Magnum, tendance noir et blanc. L'essentiel de son œuvre touchait aux religions. Pluriel total. Juste avant sa disparition, le photographe travaillait sur le judaïsme, qui manquait encore à l'appel. 

Abbas Attar était né en Iran. Il avait quitté le pays très jeune pour l'Algérie, où son père dirigeait une communauté Baha'i. Il n'a refait le voyage de Téhéran qu'en 1971, alors qu'il débutait dans le reportage. C'était la fin de la dynastie des Pahlavi, mais personne ne le savait encore. Abbas, prénom signifiant pour les Arabes comme pour les Juifs «le sourcilleux», mais aussi «le lion» (1), avait alors pu photographier les militaires autour du shah comme les fêtes débridées d'une capitale occidentalisée. L'Iran vivait alors son grand écart. On sait que tout a fini en 1979 par une révolution islamique dont Abbas s'est plus tard fait le témoin. Sur les murs sont apparus des mollah barbus, tandis que les femmes disparaissaient de la vision publique.

Une passion pour les religions 

Abbas est parti en exil dès 1980, ne revenant qu'en 1997. Il a continué à beaucoup bourlinguer pour Magnum, partout où cela allait mal. On l'a vu au Vietnam, au Bangladesh, en Irlande du Nord, en Afrique du Sud, au Chili ou au Biafra. C'est devenu un reporter non pas des guerres ouvertes, à la Don McCullin ou à la Christine Spengler, mais un sismographe des crises frappant le monde. Parallèlement, Abbas travaillait sur la foi avec un œil souvent critique. Tout l'a intéressé en sus de l'islam, dont il observait la montée. Il y a ainsi eu l'animisme, le christianisme, le bouddhisme et l'hindouisme. Ils ont donné lieu à un nombre considérable d'images. «Le Figaro», à qui j'emprunte l'essentiel de mes renseignements pratiques, parle d'une «production torrentielle». 

L'homme se situait dans le cadre d'un art traditionnel avec des cadrages très maîtrisés, une composition claire et de belles lumières contrastées. Ses références ne se voulaient pas internes, mais tirées de la peinture. Quand on lui demandait ce citer ses modèles, c'étaient Rembrandt, Cézanne, Le Caravage ou Vélasquez. Il pouvait trouver de pires maîtres...

(1) Il y ainsi eu en Asie mineure une dynastie des Abassides entre le VIIIe et le XIIIe siècles, avec prolongement en Egypte jusqu'au XVIe.

Photo (AFP): Abbas dans une exposition qui lui était consacrée.

Texte intercalaire.

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