Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PHOTO/Bienne offre des Journées très "Hybride"

C'est la dix-huitième fois. Même si l'édition 2003 s'est vue contractée, Bienne présente depuis 1997 des "Journées photographiques" en fin d'été. Il leur arrive de coïncider avec "Images" de Vevey, une manifestation biennale. Tel n'est pas le cas cette année. L'"Hybride" se terminera au moment où les "Images" commenceront à déferler. Comme ça, pas de choix cornélien! Il restait difficile de parler de "synergie" à propos de deux festivals très différents de conception... et de moyens financiers. 

Pourquoi l'"Hybride", au fait? Parce que la photo constitue, depuis son invention, un moyen à la fois documentaire et artistique se situant entre le vrai et le faux. L'apport (rejeté par certains) du numérique est encore venu changer les règles du jeu. Modifier n'offre plus rien de compliqué. Partager non plus. La contrainte de tirer d'après un négatif a disparu. Le même outil permet en prime l'image fixe comme la vidéo.

Un parcours dans la ville

Il y a un peu de tout ça sur les murs de PasquArt, bien sûr, mais aussi de l'ancien Musée Schwab et de divers autres lieux parfois improbables, comme une ancienne grange naguère vouée à la destruction et semblant aujourd'hui sauvée. Un endroit presque introuvable contrastant avec la modernité (pour autant que ce mot conserve un sens) d'un film créé à partir de Google Earth, et projeté là. Un film jouant bien sûr que jongler avec le vrai, le vraisemblable et le possible. Quel est le statut réel de la catastrophe aérienne que nous entrevoyons? 

D'une manière générale, les œuvres des artistes présentés exigent ainsi une posologie. Faites d'ambiguïtés, elles se laissent mal appréhender. Il faut du texte, ou l'application téléchargeable. On aime ou on rejette ce genre de parcours où le 8e art (la photo, donc) sert un propos intellectuel, pour ne pas dire un message. Il faut du talent pour faire passer la chose avec force. Le "Ciclope" du Colombien Oscar Muñoz possède cette puissance. Des photos, non fixées, se voient délavées par l'eau d'un lavabo dont la tornade ne laisse que des papiers blancs. Belle métaphore pour un pays où les les gens disparaissent si facilement sans laisser de traces.

Un visiteur actif

Devenu coauteur, ou du moins décrypteur, le visiteur se voit donc amené à hybrider lui-même. Nul doute qu'il opérera des choix au gré de sa sensibilité. Il y a ainsi des propositions (j'utilise un mot à la mode en matière d'art contemporain) que je retiens et d'autres (la majorité, hélas) me laissant froidement indifférent. "Je trouve bon qu'une personne aime ce qu'une autre déteste, et vice-versa", assure Hélène Joye-Cagnard, directrice des "Journées". 

Il ne me reste plus, avant de lui laisser la parole, qu'à vous révéler ce qui m'a le plus touché. Il s'agit de "In the Woods" de la Vaudoise Camille Scherrer, récemment vue au Centre d'Art contemporain d'Yverdon. En traversant un rayon lumineux, le public provoque des animations programmées en ombres chinoises. C'est bien la seule chose vue à Bienne faisant un peu rêver.

Pratique 

"Journées photographiques de Bienne, divers lieux dans la ville (dont PasquArt), jusqu'au 14 septembre 2014. Tél. 032 322 42 45, site www.jouph.ch Ouvert du mercredi au vendredi de 14h à 18h, les samedis et dimanches de 11h à 18h. Nombreuses animations. Voir sur le site. Photo (Journées photographiques): Disciple de Nicolas Faure, le Suisse Gregory Collavini a travaillé sur les murs de protection contre le bruit, qui se multiplient dans notre pays.

Prochaine chronique le dimanche 24 août. Je vous emmène à Cassel, dans le nord de la France. Ce village propose une exposition de peinture flamande baroque de niveau international dans un bâtiment restauré pour plus de 15 millions d'euros. C'est possible!

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