Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PHOTO / Béatrice Helg montre son théâtre à Neuchâtel

Elle fait partie de ceux (et donc de celles) dont l’œuvre se reconnaît immédiatement. Il suffit d'un regard pour identifier une photo de Béatrice Helg. La Genevoise présente pour quelques jours encore ses photographies, montrant des assemblages de métal, à la galerie Ditesheim & Maffei de Neuchâtel. Une bonne maison. Les duettistes exposaient à "Artgenève" en janvier. On vient de les voir à Paris, François Ditesheim étant au "Salon du Dessin" et Patrick Maffei à "ArtParis". Mais sans Béatrice, cette fois! 

Vous avez, Béatrice Helg, une longue route commune avec François Ditesheim.
J'avais déjà exposé chez lui en 2000. J'ai en effet été liée à la galerie Krugier & Ditesheim, où j'ai eu deux présentations personnelles, une à New York, l'autre à Genève. Je suis allée grâce à eux à la foire de Bâle. A "Basel/Miami". A la FIAC parisienne. A l'ARCO madrilène. Ils ont ainsi développé, avant leur séparation, toute une clientèle autour de mon travail. 

Est-ce important, pour vous, de collaborer avec des maisons de cette importance?
Oui, bien sûr! En plus, elles représentent des milieux intellectuellement intéressants. Chez elles, vous vous sentez valorisée. Leur public se révèle en plus très large. Il se trouve chez eux aussi bien des gens sensibles aux arts que de simples curieux. 

Krugier & Ditesheim, puis Ditesheim & Maffei montrent cependant des créateurs très traditionnels.
Disons qu'ils ne donnent pas dans l'expérimental. Mais les visiteurs trouvent chez eux les grands noms qui ont influencés, qui conditionnent toujours, le regard contemporain. De telles galeries assurent une continuité. J'ai amené chez eux un médium nouveau, la photo, qu'ils ne représentait que peu, voire pas du tout. Mes images se situent il est vrai dans le contexte de l'art moderne. Il s'agit d'une création mentale et sculpturale, où la lumière joue un rôle essentiel. Je propose un monde lié à mon imaginaire. 

Peut-on parler d'une "photo plasticienne"?
Mais que veut dire au juste ce mot? Il est vrai que je ne fais pas de reportage. Je ne rends pas compte d'une réalité existante. J'offre des vues de l'esprit. Mais il s'agit bien de photographie pure. Je ne conserve pas ce qui aurait précédemment été une installation. J'imagine pour un spectateur des espaces n'existant que par et pour la photo. Est-ce cela se montrer plasticien? 

Comment êtes-vous parvenue à ces installation faites de métal et de lumières?
Tout naturellement. Disons que j'ai fait d'une passion une profession. Après avoir capté le réel, j'ai commencé à mettre en scène. J'avais 18 ans. Il me fallait autre chose. J'intervenais. Il faut dire que je suis passionnée de théâtre. D'opéra. J'ai été ainsi très séduite, l'an dernier, par l'idée de créer des images pour l'exposition Wagner de la Fondation Bodmer à Cologny. Et je me sens très flattée quand un metteur en scène se demande de quelle manière il pourrait utiliser mes œuvres. 

Vous avez en quelque sorte créé votre petit théâtre.
Mais est-il petit, justement? Chez moi, il n'y a pas d'échelle. Je confère un air de monumentalité. La taille finale de la photographie est chaque fois présente à mon esprit. Le tirage sera de cette dimension et pas d'une autre. Je construis ensuite mon décor. Il doit donner l'impression d'un équilibre dans le déséquilibre. Il va ressembler à la vie, au fait. 

N'avez-vous jamais été tentée par une rupture de style?
J'ai des tas de passions. J'étais très tentée par l'architecture. C'est sans doute la raison pour laquelle j'aime l'idée d'un travail construit. Cela dit, il y a eu rupture pour moi. Elle s'est produite, après beaucoup d'hésitations, au moment du passage au digital. J'utilisais une chambre très lourde. Je ne l'ai plus. Je n'ai jamais voulu revenir en arrière depuis. J'ai l'impression d'utiliser un médium à la fois différent. Cela dit, il ne faut pas imaginer que tout se retrouve simplifié. L'édition de la photo reste un tâche considérable. On relit un fichier autant qu'on retouchait à la chambre noire.

Mais n'avez-vous jamais l'envie d'ajouter, par exemple, des personnages à ces créations abstraites?
Pas encore. Mais cela peut venir... 

Certains de vos détracteurs vous reprochent de produire des images ne dérangeant surtout personne.
Que veut dire déranger? Choquer? Est-ce un but un soi? Il me semble qu'il s'agit plutôt d'une facilité. Je ne pense pas produire un travail facile. Je vais vers l'essentiel. C'est une quête absolue. Le spectateur adhère. Ou pas.

On vous imagine cependant bien accrochée dans une banque ou une société d'assurance.
J'y le suis, bien sûr! Mais je ne me retrouve pas que là. Je me fait présente dans les musées. Surtout aux Etats-Unis, où j'ai commencé ma carrière après y avoir fait mes études. Los Angeles, Minneapolis... J'intéresse par ailleurs d'autres gens que des institutionnels. Le monde du spectacle. Celui des psychiatres. Des jeunes aussi. Je ne me sens pas étiquetée. 

Vous êtes en ce moment à Neuchâtel. Quels sont vos projets ultérieurs?
Dans l'immédiat, une foire new-yorkaise, l'"Aipad", qui constitue un peu l'équivalent de "Paris-Photo". Il faut être aujourd'hui dans des salons. C'est  essentiel dans la mesure où s'y rendent aussi bien les acheteurs actuels que les simples spectateurs. Un mal nécessaire dans la mesure où vous n'êtes jamais montrée que sous forme d'échantillons. J'ai pour la suite un projet qui me passionne. Dans le cadre le la "Moscow World Fine Art Fair" de Moscou, j'exposerai au Manège. Un lieu fabuleux. Chaque année, il invite comme ça un artiste contemporain. Et en 2014, à ma grande surprise, c'est moi. Ce sera une première en Russie. J'ai bien développé un projet avec le Musée Pouchkine, mais il n'a jamais abouti. 

Beaucoup de travail donc.
Et un compte à rebours. C'est pour novembre. Mais, avec les Russes, je dois être prête aux moins deux mois avant.

Pratique 

"Béatrice Helg, Résonances", galerie Ditesheim & Maffei, 8, rue du Château, Neuchâtel, jusqu'au 27 avril. Tél. 032 724 57 00, site www.galerieditesheim.ch Ouvert du mardi au vendredi de 14h à 18h, le samedi de 10h à 12h et de 14h à 17, le dimanche de 15h à 18h. Photo (Béatrice Helg): l'image mise en vedette par la gelrie Ditesheim & Maffei.

Prochaine chronique le mercredi 9 avril. La société d'assurances AXA/ART a défini le profil du collectionneur "à l'âge du digital". A quoi ressemble-t-il?

 

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