Yannick Iseli

CO-FONDATEUR DE NOVACCESS SA

Passionné depuis son plus jeune âge par l’informatique et les nouvelles technologies, Yannick a suivi des études pluridisciplinaires à la frontière entre la gestion et l’informatique. Il a tout d’abord étudié à l’HEIG-VD à Yverdon-les-Bains où il a suivi une formation d’Ingénieur des médias. Il a ensuite obtenu son Master en Systèmes d’information à l’Ecole des Hautes Etudes Commerciales (HEC) de l’Université de Lausanne. En marge de ses activités à l’Institut de recherche des technologies de l’information et de la communication (IICT) de l’HEIG-VD, il s’est associé avec deux professeurs et quatre ex-étudiants pour le développement de la start-up Novaccess SA spécialisée dans l’ « Internet des objets industriel ». Pour Yannick, les technologies ne sont pas une fin en soi et n’ont de sens que pour l'amélioration du quotidien des gens.

Peut-on vivre sans boîte aux lettres en 2014 ?

Ceux qui me connaissent le savent bien, je n’aime pas vraiment le papier. Ce n’est pas une grande surprise de la part d’un informaticien qui passe ses journées à remplacer des formulaires papiers par des interfaces web.

Les choses ont bien changé ces vingt dernières années. Les technologies de l’information et de la communication ont bouleversé notre façon de nous organiser dans le milieu professionnel mais aussi dans nos vies privées et c’est de ce deuxième point dont j’ai envie de parler ici. Je me suis posé une question simple. Un particulier peut-il vivre sans boîte aux lettres en 2014 ? Cette question m’intéresse au plus haut point, car ce n’est pas un format avec lequel je suis à l’aise ou que j’apprécie particulièrement car il est pour moi synonyme de perte de temps. Oui, je suis de cette génération qui n’a jamais fait de paiement à la Poste, qui ne sait pas quel type de timbre mettre sur une lettre, qui n’a jamais eu d’agenda papier ou qui n’a jamais de stylo dans sa serviette.

Cette question m’est naturellement apparue, il y a quelques jours, alors que je prenais du temps pour régler mes affaires personnelles. Cette expérience fut un dur retour à la réalité pour l’informaticien que je suis.

Premier objectif : résilier mon contrat chez mon fournisseur d’accès Internet pour passer à une offre plus performante chez le concurrent. Sur son site web, malgré une très bonne plateforme de gestion de compte clients, aucune fonction ne me permettait de le faire. J’ai donc dû appeller la hotline, expliquer mon problème à plusieurs interlocuteurs, pour que finalement on me demande d’envoyer un courrier faisant état de mon souhait de résilier mon contrat : très étonnant, voir paradoxal de la part d’un fournisseur d’accès Internet.

Deuxième objectif : résilier mon abonnement de fitness. Là encore, la même situation s'est reproduite.

Troisième objectif : appeler ma régie pour une modification de mon contrat de location. Devinez ce qu’ils m’ont demandé ? Effectivement, encore une lettre.

Etant de bonne volonté, je m’y suis employé de suite. J’ai donc écrit trois lettres en répétant ce que je venais de raconter au téléphone. Je suis descendu à la cave chercher ma vielle imprimante pleine de poussière. Par chance, il restait quelques feuilles de papier à l’intérieur. J’ai imprimé mes lettres. J'ai pris ensuite la voiture et me suis rendu à la Poste. J’ai acheté des enveloppes et des timbres et ai finalement posté mes lettres. Au final, pour ces trois premières tâches, j’ai perdu une heure inutilement alors que trois simples clics auraient suffit.

Quatrième objectif : m’inscrire pour obtenir une carte de fidélité d’une grande chaîne de magasins. Mon premier reflexe a été de me rendre sur leur site web. Cette fois, j'ai découvert avec surprise qu’une rubrique me permettait de faire cette demande en ligne. Malheureusement, mon enthousiasme est rapidement retombé, quand, quelques minutes plus tard, arrivé à la fin de la saisie du formulaire, un message est apparu me demandant d’imprimer le formulaire généré et de l’envoyer par courrier papier à l’adresse indiquée. Tant pis, je retournerai à la Poste demain.

Cinquième objectif : payer mes factures. Je me suis connecté sur mon e-banking et ai payé en quelques secondes la plupart de mes e-factures. Pour le reste, j'ai vidé ma boîte aux lettres, comme toutes les 2-3 semaines en moyenne. J'ai fouillé dans un amas de papiers de toutes sortes pour en extraire mes factures (on n’a pas attendu Internet pour se faire spammer). Pour effectuer mes paiements, j'ai dû recopier toutes les informations des bulletins dont plusieurs codes d’une trentaine de chiffres.

Ces quelques exemples montrent que, malgré les énormes efforts fournis par beaucoup d’entreprises, il n’est malheureusement pas encore possible d’éviter le courrier papier pour gérer ses affaires personnelles. Je ne dis pas que tout devrait être fait de manière numérique, au contraire, je conçois tout à fait que certaines personnes ne veuillent pas ou ne puissent pas changer leurs habitudes. Néanmoins, l'e-mail s’est maintenant démocratisé depuis plus de vingt ans et une personne ne voulant pas recevoir ou fournir des documents en format papier devrait pouvoir le faire en 2014. Aujourd’hui, on ne devrait pas avoir à faire une demande pour pouvoir utiliser le format numérique à la place du format papier, cela devrait être le format de prédilection.

C’est décidé, et advienne que pourra, demain, j’enlève ma boîte aux lettres et descends à la cave classeurs, trombones, agrafes, perforatrices et autres objets dépassés.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."