<p>Rédacteur en chef du Temps, (ex-rédacteur en chef de Bilan)</p>

Depuis le 1er janvier 2015, Stéphane Benoit-Godet dirige la rédaction du quotidien Le Temps. Il était le rédacteur en chef de Bilan de 2006 à 2015. Auparavant, il a travaillé pour les quotidiens La Tribune de Genève et Le Temps 1998-2003), journal dont il a dirigé la rubrique économique (fin 2000 à mi-2003). Juriste de formation, Stéphane a fait ses études en France à l'Université d'Aix-Marseille III. 

 

 

Pétrole, eau et liberté

"Alors que le dollar perd son rôle de repère et que la finance est aux abonnés absents pour alimenter la croissance par le crédit, ce sont les matières premières qui deviennent le centre de nos économies."

Le transport aérien témoigne de temps difficiles. Depuis le début de l'année, vingt-cinq compagnies ont disparu, victimes du prix du kérosène qui a atteint des niveaux stratosphériques. Lowcost ou pas, compagnies basées ici ou n'importe où ailleurs, quand le carburant représente plus du tiers des coûts d'exploitation, il devient vital.

Ce secteur résume à lui tout seul la situation générale. Alors que le dollar perd totalement son rôle de repère et que la finance est aux abonnés absents pour alimenter la croissance par le crédit, ce sont les matières premières qui deviennent le centre de nos économies. Celles qui peuvent se substituer à l'argent, mais surtout celles que l'on consomme pour leurs qualités intrinsèques.

Le pétrole, carburant jusqu?ici de quasi toute activité humaine, se retrouve devenir la vraie valeur que tout le monde se dispute, tout comme les denrées de base d'ailleurs. On se croirait un peu dans les oeuvres de science-fiction comme Dune avec l'Epice ou Mad Max avec ses hordes de barbares qui convoitaient déjà? le pétrole. Encourageant!

Les barbares, ce sont ici et maintenant les spéculateurs qui ont fait monter le cours du brut à des records avant de le délaisser quand leurs déconvenues les ont empêchés de tenir leurs propres positions. Ce sont aussi ceux qui font exploser les prix des denrées alimentaires (parfois les mêmes, mais aussi la politique internationale de développement) et ceux qui veulent transformer des céréales en biocarburant.

Les barbares génèrent une autre population: les illuminés de la «cause» dont les actions peuvent se révéler tout aussi radicales. Qu?est-ce qui a pris au conseiller national Jacques Neirynck de vouloir interdire l'eau en bouteille? Cette dernière est peut-être chère, on peut même se poser des questions sur son écologie propre, mais personne n'est encore obligé de se rassasier en pack de six.

Une telle attitude pousse même à espérer que Nestlé ne se séparera jamais de ses eaux. Au vu des gaspillages colossaux d'eau potable auxquels des décisions politiques ont mené, rien ne dit qu?un industriel n'est pas mieux placé que n'importe qui d'autre pour en prendre soin. Quant à savoir si Nestlé est à même de respecter les libertés individuelles, le jugement de la justice vaudoise sur l'infiltration d'ATTAC donnera une réponse très attendue. B

A noter Le Café Economique, l'émission que Bilan coproduit avec la Première (diffusée chaque matin de la semaine à 6?h?53) change de formule. Place désormais à un patron qui nous explique l'activité de son entreprise. Premier invité, Peter Brabeck, le président de Nestlé, qui analyse l'eau en bouteille et la polémique qui l'accompagne depuis le début de l'été. Lisez son interview dans le no.255 de Bilan et écoutez l'émission sur bilan.ch.

Photo: Stéphane Benoît-Godet / © Myriam Ramel/D. R.

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