Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PETITE HISTOIRE / De la Pompadour à la Trierweiler

L'affaire est terminée. Quoique... Avec la presse des boulevards, des boulevards qui perdent peu à peu leurs kiosques en France, on ne sait jamais. Il y aura peut-être du nouveau à dire sur le trio vaudevillesque formé par François Hollande, Valérie Trierweiler et Julie Gayet (1). L'histoire peut d'autant mieux rebondir qu'elle vient égayer (comme Gayet) une situation politique, sociale et économique morose. Les Français, qui adorent se plaindre, ont aujourd'hui trouvé les motifs excusant leurs jérémiades. 

Comme vous connaissez le scénario, je peux entrer tout de suite dans le vif du sujet. Plusieurs choses m'étonnent. D'abord l'indulgence. Nous restons dans le normal. Le président, dans la fonction telle qu'elle a été retaillée en 1958 comme un habit sur mesure pour Charles de Gaulle, succède aux rois de France. Il vit dans un palais, dont les "frais de bouche" dépassent ceux de Buckingham. Ses déplacements sont entourés d'un cérémonial policier. Le simple particulier éprouve davantage de mal pour accéder à sa personne qu'un manant à Louis XIV (qui vivait, rappelons-le, en public, chacun pouvant entrer à Versailles).

La virilité du roi 

Dans ces conditions, il peut sembler logique que le monarque élu ait une favorite. Elle fait partie du jeu. De Gaulle n'avait certes pour lui que sa pieuse épouse, "tante Yvonne", mais ses successeurs se sont bien rattrapés. Giscard d'Estaing découchait tant qu'une pièce de théâtre s'intitula "Reviens dormir à l'Elysée". Mitterrand a certes maintenu longtemps le secret de son double ménage, couronné par une bâtarde bien cachée. N'empêche qu'il passait déjà à l'époque pour un obsédé sexuel. Chirac a fait murmurer par ses passades. Sarkozy a passé sous les feux de la rampe de Cécilia à Carla. Légitimement, il est vrai. Alors normal que les esprits d'esprit (il en subsiste encore) aient pensé à la Maintenon prenant la place de la Montespan auprès du Roi Soleil. 

Pourquoi cette indulgence? Parce que la favorite et les nombreuses passades prouvent la virilité du roi. Un femme ne lui suffit pas, surtout quand l'épouse semble défraîchie. C'est comme pour les salades. Dans le cas présent, le bon peuple est rassuré de voir un Monsieur Hollande peu gâté par la nature séduire et se multiplier. Déjà quelques enfants naturels (on ne dit plus bâtards) avec Ségolène Royal. Une maîtresse légitime. La Trierweiler constituait sa Pompadour, sa Du Barry, même s'il semble clair qu'elle ne possède ni la culture de la première, ni la jeunesse de la seconde. Pour avoir rencontré un de ses ex-collaborateurs à la TV, il semble qu'il s'agisse d'une mégère non apprivoisée. Mais certains hommes aiment ça.

Le regard anglo-saxon 

Une telle favorite peut émarger de l'Etat. On murmure que la Trierweiler disposait d'un secrétariat composé de quatre personnes. Pour ses œuvres, probablement. Il lui est aussi arrivé de se payer en nature. Les précieux vases qu'elle aurait cassés (un bruit de vaisselle bien sûr démenti) dans une rupture à la Feydeau appartenaient au Mobilier National. Quant au malicieux Patrick Besson, il rappelait dans une chronique qu'une telle personne ne pouvait méditer en Inde, en contemplant la misère du monde, qu'en vivant dans un cinq étoiles. L'effet de contraste, sans doute. 

Mais cette indulgence s'étend aux pays voisins! Les Anglais et les Américains, qui ne passent rien à leur gouvernants ou à leur famille royale, trouvent aussi ça évident. J'en prends pour preuve un journal anglo-saxon, lu dans un Thalys entre Paris et Bruxelles ("The Observer"? ""The Independant"?, je ne me souviens plus). Pour l'auteur de l'article, c'était le signe d'une continuité. Finalement, depuis Louis XV, rien ne change jamais en France. Gay Paris!

Mais où est la "première dame"? 

Où je reste plus perplexe, c'est quand l'hypocrisie transforme dans la presse féminine Valérie Trierweiler en "première dame". Non! D'abord, il faudrait qu'il s'agisse d'une dame. Ensuite le mariage s'impose encore. La preuve! Elizabeth II, lors d'une visite de Hollande en Grande-Bretagne, a refusé de recevoir la créature. Alors, dans ces conditions, que signifie "l'insulte faite à la première dame"? Rien. Je ne prétend pas qu'il y ait désormais une nouvelle "putain du roi", comme on l'eut dit jadis. De telles notions sont aujourd'hui dépassées et le mot forme aujourd'hui une insulte grave. Mais il y a de ça. On ne peut pas posséder à la fois l'habit du roi (fort mal cousu si l'on regarde les complets-vestons de François Hollande) et la liberté de ses sujets. Surtout dans une époque de frileux réarmement moral. Pensez aux récentes manifestations françaises prétendant défendre la famille traditionelle... 

(1) Et oui... L'actrice, qui n'avait jusqu'ici rien d'une star, vient de porter plainte pour la "mise en danger de sa vie" par les paparazzi. On croit rêver! Photo (AFP) François et Valérie, le baiser à la favorite.

P.S. J'ai enfin regardé les résultats de la vente Krugier de Londres, dont je vous disais que les prix d'estimations étaient ridiculement bas. Eh bien, tout s'est  vendu. Tout, et à des prix allant de l'estimation elle-même à trente fois celle-ci. Un million de livres sur une espérance à 30.000...

 

Prochaine chronique le mardi 18 février. Retour au Musée d'art et d'histoire de Genève, dont les amis se déploient.

 

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