Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PEINTURE/Un tableau de Mantegna découvert dans un musée de Bergame

Crédits: Accademia Carrara, Bergame 2018

On lit touts sortes de choses dans le «Wall Street Journal». Didier Rykner, qui dirige le magazine en livre «La Tribune de l'art», y a en tout cas pêché l'information suivante. Il existe désormais un Mantegna de plus. Le peintre étant mort en 1506, ce qui fait tout de même longtemps, il ne peut s'agir d'une nouveauté mais d'une découverte, ou plutôt d'une réattribution. 

Le panneau, une «Résurrection du Christ», se trouvait dans les dépôts de l'Accademia Carrara de Bergame. Un des plus beaux musées du Nord de l'Italie, refait de fond en compte il y a une quinzaine d'années. Il passait au mieux pour une œuvre d'atelier, au pire pour une copie ancienne. L'histoire de l'art ressemble à un puzzle. Encore faut-il savoir jouer. C'est donc récemment seulement qu'un spécialiste s'est avisé que le bas de cette «Résurrection» correspondait au haut d'un «Christ aux Limbes» passé chez Sotheby's en 2003 et aujourd'hui dans une collection privée. Une Croix commence sur un tableau pour finir sur l'autre. Le peinture est de qualité. Elle se verra donc publiée comme autographe dans le catalogue raisonné de la peinture italienne des XIVe et XVe siècles à l'Accademia Carrara par Giovanni Volagussa. L'ouvrage doit tout prochainement sortir de presse à l'intention d'un public distingué.

Morceaux séparés 

Ce n'est pas la première fois qu'une telle chose arrive avec Mantegna. Dans les années 1940, Roberto Longhi avait eu l'intuition, grâce au décor architectural, qu'un «Christ trônant» aujourd'hui conservé par le musée de Ferrare se trouvait à l'origine au dessus de «La mort de la Vierge» du Prado. Il s'agissait là d'un petit fragment, le reste étant perdu. Autrement, les tableaux découpés fourmillent. Le Getty conserve la partie supérieure des célébrissimes «Courtisanes» de Carpaccio du Museo Correr de Venise, pour se limiter à un seul exemple. 

Le grave est que les morceaux identifiés restent dispersés. Il n'y a que de rares exemples de réunifications. Par achat, le Louvre a pu acquérir le bout manquant d'une rare primitif français. Montpellier a lancé une souscription publique, couronnée de succès, pour s'offrir la seconde moité de son paysage de Poussin. La National Gallery a fini par conserver les huit au neuf débris dépecés d'un retable de Pesellino, un primitif florentin que j'aime beaucoup. L'un d'eux lui a été confié par Elizabeth II. Le mieux serait ici que le Carrara puisse s'offrir le bas de sa «Résurrection» Il ne faut bien sûr compter ni sur l'Etat, ni sur la Région. Mais on peut toujours imaginer un mécénat privé, déductible ou non des impôts.

Photo (Accademia Carrara): La "Résurrection" de Bergame. Un Mantegna de plus. Fragment.

Texte intercalaire.

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