Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PEINTURE/Un livre et une exposition à Neuchâtel sur Maximilien de Meuron

Crédits: Photo tirée du livre

Il y a deux événements simultanés. Le Musée d'art et d'histoire de Neuchâtel (MAH) offre l'exposition, assortie d'un catalogue. Nathalie Monbaron propose le gros livre illustré, basé sur sa thèse. Maximilien de Meuron (1785-1868) n'avait jamais été ainsi à la fête. La seule grande rétrospective lui ayant été jusqu'ici consacrée a eu lieu juste après son décès, il y a bientôt cent cinquante ans. Il n'existait par ailleurs aucune publication sur l'homme, par ailleurs quasi inconnu du marché de l'art. Une dizaine d’œuvres proposées par des maisons suisses en dix ans. 

L'exposition surprend en bien. D'abord, le public a appris à se méfier de ce que produit le Musée d'art et d'histoire de Neuchâtel. Il s'agit ensuite d'une présentation agréable, aérée, assez complète. Elle comporte juste ce qu'il faut comme pièces de comparaisons. De Meuron a travaillé, de Rome à la Suisse alémanique, en artiste de son temps. Il fallait le montrer. Il y a donc aux murs des toiles de ses contemporains (de Marius Granet à Léopold Robert), de son fils Albert et de ses élèves, plus ou moins fidèles. Le Louvre a même prêté un grand Claude Lorrain, copié à l'orée du XIXe siècle par de Meuron. 

Un choix s'imposait. Qui rencontrer pour cette concomitance d'événements? Antonia Nessi, la nouvelle responsable d'un musée neuchâtelois faisant souvent figure de grand malade? La dame s'y occupe depuis 2012 du «département des arts plastiques» et signe en tant que telle l'exposition. Ou devais-je voir Nathalie Monbaron, qui travaille sur le peintre depuis les années 1990? J'ai finalement rencontré cette dernière. Sa vision du peintre apparaît forcément plus complète. Sans elle, la rétrospective du MAH n'existerait par ailleurs pas.

Nathalie Monbaron, pourquoi consacrer une thèse, puis un livre, à Maximilien de Meuron?
Beaucoup de peintres suisses du XIXe siècle demeurent méconnus. Leur nom ne dépasse pas le canton où ils ont travaillé. Il manque à la fois d'études faites sur eux et la promotion les valorisant. C'est pour cela qu'ayant fait mes études d'histoire de l'art à Genève j'ai fait le choix d'un Neuchâtelois. 

Oui, mais pourquoi lui et pas un autre?
J'ai éprouvé un coup de foudre pour un tableau comme «Le grand Eiger», très précoce pour la peinture de paysage alpestre. Certaines versions du sujet datent de 1823-1824, avant les œuvres des Genevois François Diday et Alexandre Calame. Je me suis ensuite rendue au Musée d'art et d'histoire de Neuchâtel qui possède un énorme fonds de Meuron, pour bonne partie donné et légué par la famille. Un fonds à explorer, comme les milliers de lettres de l'artiste conservées dans les archives du canton. Cette correspondance datée me permettait de reconstituer une biographie assez lacunaire. Il y avait là matière à une thèse, sur laquelle j'ai passé sept ans. Je dois dire que mes professeurs, de Marcel Röthlisberger à Mauro Natale, m'ont encouragée. J'ai été soutenue sans faille durant tout ce temps par mon directeur de thèse Pierre Vaisse. Heureusement! Je n'aurais pas aimé me retrouver égarée loin de tout contact universitaire. 

La plus grande partie de l’œuvre de Maximilien de Meuron se trouve donc en terre neuchâteloise.
Oui. De son vivant, l'homme vendait, ou donnait aux gens de son monde. Les de Pourtalès. Les de Coulomb. Le roi de Prusse, qui était prince de Neuchâtel. Ces toiles ont peu changé de main (1). On en trouve beaucoup chez les descendants, qu'il m'a fallu chercher puis retrouver lorsque la thèse est devenue un livre. J'ai en effet laissé reposer le sujet durant les dix ans que j'ai passé chez Christie's. 

Pourquoi cette remise sur le métier?
En changeant de travail en 2014, j'ai eu quatre mois libres. C'était l'occasion de reprendre ce sujet. C'est aussi le moment où le projet d'exposition, pour laquelle j'ai été consultée, s'est mis en route. L'éditeur est Neuchâtelois. Nous avons imprimé l'ouvrage au Locle. Je trouvais important de maintenir un certain ancrage territorial. Pour ce volume très illustré, il a fallu tout photographier de manière professionnelle. D'où le besoin de retrouver les propriétaires de œuvres en mains privées, qui avaient parfois changé de génération. Environ 60 sur les 250 connues. 

De Meuron a finalement peu peint.
Il le regrettait lui-même, dans l'énorme correspondance que j'ai lue jusqu'à la dernière ligne. Mais il s'agissait d'un représentant de l'aristocratie locale, avec ce que cela supposait de règles à l'époque. De Meuron s'investissait dans sa vie de famille. Il lui fallait gérer ses domaines. Il a aussi donné beaucoup de son temps pour que naisse une vie artistique à Neuchâtel. La peinture ne formait qu'une de ses activités. De Meuron l'a en plus abandonnée plusieurs années après un drame personnel, la mort d'un de ses fils. Il l'a en fait souvent sacrifiée à ce qu'il estimait son devoir. Ses obligations. On sent en lui un homme responsable et sérieux. La chose n'a pas été sans engendrer des frustrations. 

Pourquoi, au fait, 2016 pour l'exposition et le livre?
C'est une date pour le musée. En 1816, Maximilien de Meuron a fait don à Neuchâtel de deux grandes toiles, imaginées d'après les études dessinées et peintes de son long voyage formateur en Italie. Elles représentent la Rome antique et la Rome moderne. Ces paysages, que le visiteur découvre au début du parcours, forment la base de l'actuel musée. Le numéro 1 et le numéro 2 des collections. Cela méritait bien de se voir rappelé.

(1) Les tableaux acquis par le roi de Prusse semblent avoir disparu dans les bombardements de Berlin en 1945.

Pratique

«Maximilien de Meuron», Musée des beaux-arts, esplanade Léopold-Robert, Neuchâtel, jusqu'au 16 octobre. Tél. 032 717 79 20, site www.mban.ch Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18h. Le livre «Maximilien de Meuron, 1785-1868», qui comprend le catalogue raisonné de l’œuvre peint (mais pas celui des dessins), de Nathalie Monbaron a paru aux Editions de la Chatière. Il comprend 366 pages. 

Photo (tirée du livre): "Uri-Rotstock et la plaine du Brunnen", 1828.

Prochaine chronique le samedi 19 juin. La Queen's Gallery de Buckingham Palace montre la peinture écossaise des collections royales.

 

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