Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PEINTURE/On aurait retrouvé un Caravage

C'est bien elle! Mina Gregori en est sûre. Elle a identifié l'original de la "Madeleine" du Caravage (1571-1610), l'un des tout derniers tableaux du maître. Il le transportait avec lui lorsqu'il est mort en juillet 1610 à Porto Ercole, près de Rome. On sait qu'une équipe d'archéologues a fouillé il y a quelques années l'ancien cimetière de cette localité maritime, afin de trouver les ossements du peintre. Ils les auraient identifié avec des tests d'ADN. Ce qui touche à l'ex "peintre maudit" tient aujourd'hui du fanatisme, à moins qu'il ne s'agisse de fétichisme. 

"La Madeleine" avait disparu depuis lors. On savait à quoi elle ressemblait. Louis Finson, un Flamand ayant fait carrière à Rome, puis en Provence, en a donné une très belle copie qu'il a signée et datée 1612. Plusieurs toiles ont été candidates au statut d'original. La plus connue reste la "Madeleine Klein" dans une collection privée romaine. Comme dans bien des cas, cette dernière a eu ses supporters et ses détracteurs. Autour de Caravage indiscutables, dont le cycle de Saint-Louis-des-Français à Rome, il existe une nébuleuse. Problèmes d'autographie, ou plus simplement d'attribution. Pour certains experts, le merveilleux "Narcisse" romain pourrait être d'Orazio Gentileschi ou de Niccolò Tornioli. Des artistes très respectables, mais hélas moins médiatiques.

Une étiquette au dos 

Comment Mina Gregori, nonagénaire depuis quelques mois, a-t-elle fait sa religion? Ce sont les propriétaires actuels de l’œuvre, des privés, qui ont fait appel à elle. L'Italienne les a visité trois fois. Ces gens avaient des soupçons. Acquis a Rome par leur grand-père, le tableau portait au dos une étiquette manuscrite ancienne explicite. Elle expliquait que cette création du Caravage devait se voir livrée au cardinal Borghese. Le créateur de la galerie romaine du même nom. 

Qui sont les possesseurs? Mina Gregori se ferait couper en morceaux plutôt que de le dire. On sait juste qu'il s'agit d'une famille européenne. Ce ne sont ps des collectionneurs connus. Ils n'ont aucune intention de se dévoiler, par précaution. On ignore même s'ils prêteront cette toile haute d'environ un mètre à une des nombreuses, trop nombreuses expositions Caravage. D'aucuns estiment en effet cette peinture, si elle devait faire l'unanimité, à 50 millions d'euros.

Boom journalistique 

La réaction journalistique italienne étonne. "La Repubblica" n'a pas hésité à faire deux jours de suite une double page sur le sujet (les 24 et 25 octobre). Le second article contient bien sûr les réactions des autres spécialistes, qui s'entre-tueraient volontiers. Aucun n'a vu le tableau. L'un assure pourtant qu'il lui semble s'agir d'un original très antérieur à 1610. Un autre met en doute l'étiquette du dos. Sa présence lui semble rendre la mariée trop belle. Et puis les gens sont échaudés... On se souvent de la "découverte", en 2012, de dizaines dessins du Caravage à Milan. C'était beaucoup pour un artiste supposé ne jamais avoir tenu un crayon. L'affaire s'est effondrée comme un soufflé. On parle aujourd'hui, pour ces feuilles, de l'obscur Simone Peterzano. 

Ce pataquès n'a pas incité la presse internationale à la prudence. Des quotidiens internationaux cotés ont donné la nouvelle comme sûre, alors que vérifications s'imposent encore. Tout peut bien finir. S'il y a eu beaucoup de déceptions, des chefs-d’œuvre de maîtres mythiques refont surface. Même à Genève? Oui. Si le Léonard de Vinci du Port Franc (un très beau dessin montrant une jeune fille de profil) reste en quête d'unanimité, rappelons qu'un magnifique Georges de La Tour, "Le Tricheur à l'as de trèfle", a longtemps pendu, ignoré, au "Reposoir" de Pregny. Vendu en 1981, restauré, il fait depuis l'orgueil du Kimbell Art Museum de Fort Worth, au Texas. Photo (DR): La "Madeleine", fragment. Ce tableau en hauteur mesure 103 centimètres sur 91.

Texte intercalaire. La suite comme prévu.

 

 

 

 

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."