Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PEINTURE/Montpellier montre l'âge d'or napolitain

On se demande depuis des décennies quel est «le second musée de France», étant entendu que le premier reste le Louvre. S'agit-il de Lyon, de Lille ou de Rouen? Depuis sa réouverture en 2007, après des années de travaux l'ayant fait plus que doubler de volume, il se peut qu'il s'agisse du Fabre de Montpellier. La chose tient autant à ses collections, elles aussi en voie de développement, qu'à ses ambitions affichées en matière d'expositions. Sous la direction de Michel Hilaire, soutenu économiquement par l'entité Montpellier-Métropole, on voit ici très grand. 

En 2012, l'institution présentait ainsi «Corps et ombres, du Caravage au caravagisme», un mammouth estival dont la seconde moitié (très inférieure) se situait aux Augustins de Toulouse. A une époque où la peinture ancienne passe pour mal «marcher», la manifestation a connu un succès phénoménal. Quelque 200.000 visiteurs, c'est énorme pour la province française (et d'ailleurs parfois beaucoup pour Paris)! Il devait y avoir un filon à exploiter. Cette année, Michel Hilaire, appuyé par l'historien Nicola Spinosa (ce dernier entendant montrer que «sa ville n'est pas que mafia, pizza, misère et violence»), a focalisé son programme non pas sur un nom, mais une cité. Celle que l'on dit quelquefois, avec afféterie, «parthénopéenne».

Débuts avec le Caravage 

Il était clair que l'hommage irait à la Naples du XVIIe siècle. Parler de «Naples baroque» semblerait néanmoins inapproprié. Le baroque n'arrive ici que très tard, ver 1670, un demi siècle après Rome. Le titre reste donc sagement imprécis. C'est «Naples au XVIIe siècle, L'âge d'or». Le cheminement part logiquement du Caravage, qui tira ici la peinture d'un quasi néant vers 1605 (1) pour se terminer avec Francesco Solimena. La très longue vie de ce dernier, mort nonagénaire en 1747, permettrait même de traverser la première moitié du siècle suivant. 

Ce parcours se veut balisé. Il s'agit d'expliquer au visiteur la réalité d'une cité alors jugée gigantesque. Naples constitue alors la mégapole européenne, avec Paris et Londres. L'ascension démographique se verra cependant suivie d'une chute vertigineuse. Après la peste de 1656, qui suivait l'éruption désastreuse du Vésuve en 1631 et la révolte populaire de 1647, il ne restera que 186.000 habitants sur un demi million en 1686. Il faut dire que le royaume de Naples, dépendant de l'Espagne, est bien mal géré si on le compare à l'exemple d'administration formé par le grand-duché de Toscane. C'est à se demander si l'Italie actuelle n'est pas davantage fille du Sud que de Florence...

Deux étages à visiter 

Une riche aristocratique et une Eglise omnipuissante (elle possède en terrains plus de la moitié de la cité) constituent donc les principaux commanditaires. Il y a sans cesse de nouveaux couvents à décorer et des palais à garnir. De quoi faire vivre de nombreux artistes, mieux considérés ici qu'à Madrid. On sait que Juan de Ribera, la «star» de l'actuelle exposition (2), refusa toujours de retourner au pays natal. Ici, il était quelqu'un. Une leçon enfin comprise par le souverain. Quand Luca Giordano, dit «Fa Presto» tant il peignait vite, partira pour la capitale espagnole en 1692, ce sera après avoir signé un contrat royal. 

Avec Giordano, dont la facilité et le bonheur de peindre éblouissent, on arrive déjà presque au bout des dernières salles, situées en complément au premier étage. Avant seront venus les caravagesques, les coloristes et les spécialistes de la nature morte. Il y aura eu des noms célèbres (Bernardo Cavallino, Massimo Stanzione, Artemisia Gentileschi...) et d'autres connus des seuls spécialistes (Carlo Sellito, Paolo Domenico Finoglio, Filippo Vitale...). Rien que de très bonnes toiles, empruntées un peu partout en France (il y a des chefs-d’œuvre napolitains aussi bien à Amiens qu'à Chambéry). Notons cependant que Montpellier n'a pas hésité à sonner avec succès à la porte de Londres, Stockholm ou Madrid. Plus Naples, naturellement.

Politique cohérente 

Une autre chose est à remarquer, Quelques œuvres proviennent du Musée Fabre lui-même. Celui-ci vient d'acquérir deux peintures napolitaines de premier ordre d'Andrea Vaccaro et de Bernardo Cavallino. Il s'agit sans doute, avec Rennes, du seul musée de région français possédant une vraie politique d''achat en matière d'art ancien. Il vient ainsi d'entrer dans les collections un important Jean Tassel (un artiste de Langres au XVIIe siècle) et deux grands Jean Raoux (le créateur vedette de la Montpellier des années 1720). Le but n'est pas d'acheter cher, comme cela semble être le cas à Lyon. Le but reste tout simplement de bâtir un ensemble cohérent. 

Je reviens maintenant à l'exposition, qui constitue l'un de événements classiques de l'été. C'est une manifestation d'envergure internationale, dotée d'un beau décor, dont la visite prend du temps. N'oubliez cependant pas de découvrir les salles permanentes. Tout d'abord, elles manquent de public. Elles viennent ensuite de voir leur accrochage grandement renouvelé. 

(1) Il fallait un Caravage de l'époque napolitaine. C'est le «Saint Jean-Baptiste», de la Galleria Borghese de Rome. 

(2) L'exposition a donné l'occasion de magnifiquement restaurer «Le miracle de saint Donat d'Arezzo», conservé à Amiens.

Pratique 

«Naples au XVIIe siècle, L'âge d'or», Musée Fabre, 34, boulevard de la Bonne-Nouvelle, Montpellier, jusqu'au 11 octobre. Tél.00334 67 14 83 00, site www.museefabre.montpellier-agglo.com Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h. Photo (Musée Fabre): "La chaste Susanne" de Massimo Stanzione (fragment).

Prochaine chronique le samedi 25 juillet. La Queen's Gallery de Londres invite à se promener dans l'histoire des jardins anglais.

 

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