Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PEINTURE / Le village de Cassel révèle Erasme Quellin

Bien sûr, j'aurais dû vous en parler plus tôt. L'exposition servant de prétexte à cet article (et elle est remarquable!) tire sur sa fin. C'est pressque top tard. Je ne voulais pourtant pas laisser celle-ci sans écho. D'abord, elle présente un artiste auquel aucune rétrospective n'avait jamais été consacrée: Erasme Quellin ou Quellinus (1607-1678). Ensuite, il s'agit d'une aventure exceptionnelle. Comment un musée situé dans un village de 2287 habitants peut-il proposer une manifestation regroupant des toiles venues non seulement de Belgique voisine, mais du Prado, de Cincinnati, de l'Université de Glasgow ou du Palazzo Pitti de Florence? 

Mais peut-être faut-il d'abord préciser où nous sommes. Nous nous trouvons à Cassel, dans le département du Nord. La bourgade se situe sur un butte isolée, qui prend ici des allures de montagne: 176 mètres au dessus du niveau de la mer. Cassel est ce que l'on nomme une "cité historique". Elle en a gardé les monuments, dont l'ancien Hôtel de la Noble Cour, du XVIe siècle, où se trouve le Musée départemental de Flandre. Comme d'autres villes qui "ont été", elle tend depuis longtemps à perdre sa population. Pour vous donner une idée, les gens de Cassel étaient 5000 en 1793.

Destination touristique 

Lentement, l'activité s'est tassée. Les moulins ont disparu à l’exception d'un seul, conservé pour le tourisme. Le tram reliant la gare, située loin dans la plaine, au centre a été supprimé en 1934. La gare elle-même tombait sous la pioche en 1999. Ce n'est pas sans surprise que le visiteur (moi, votre serviteur, en l’occurrence) se retrouve sur un simple quai, où s'arrêtent tout de même des trains. Il n'a plus qu'à marcher à travers la campagne. La plupart des gens utilisent donc la voiture. Ils se révèlent assez nombreux. Il s'agit d'une destination courue tant des Français que des Belges, et même des Hollandais. 

Le musée a été créé en 1964. Il se partageait  entre l'art, l'histoire et le folklore. Important, ce dernier! Les géants du Carnaval de Cassel sont classés au patrimoine immatériel de l'Unesco. En 1997, l'institution fermait. L'Hôtel de la Noble Cour entrait en restauration. Des travaux d'un coût hallucinant pour une petite commune: 13,5 millions d'euros. En 2007, la décision était prise de réserver le musée aux seuls beaux-arts, en renfonçant ses collections. Le bâtiment a rouvert en octobre 2010. Succès public inattendu. En 2011, il n'a pas accueilli moins de 84.000 visiteurs. D'où l'idée de créer chaque été une grande exposition. Il y a là mille mètres carrés!

Un disciple méconnu de Rubens

Le projet Erasme Quellin tombait en plein dans la cible. La directrice Sandrine Vézilier-Dussart a reçu, il y a trois ans, la visite d'un chercheur, Jean-Pierre de Bruyn, qui venait de terminer ses recherches sur ce disciple de Rubens. On connaissait certes un peu le peintre. Mais mal. Plusieurs de ses œuvres se voyaient données non seulement au maître, dans l'atelier duquel il avait travaillé de 1627 à 1640, mais aussi à Antoon van Dyck ou à Cornelis de Vos. Ironie du sort, ce dernier s'était ainsi vu attribuer l'autoportrait d'Erasmus! 

Jean-Pierre de Bruyn avait fait le tri dans la production de Quellin, moins baroque que Rubens, auquel il avait succédé en 1640 comme peintre officiel de la Ville d'Anvers. Il s'agissait de réunir ses toiles, avec les frais que cela suppose, surtout aujourd'hui. La conservatrice obtenu eu le feu vert. La plupart des propriétaires ont répondu oui, y compris le prince de Liechtenstein. Il y a donc aux murs 43 peintures, réparties en trois sections. Sandrine Vézilier-Dussart voulait réserver une place au "goût pour la sculpture" et une autre aux collaborations avec des peintres de fleurs et d'animaux. La création flamande restait largement collective. Rubens employait ainsi autant de spécialistes confirmés que d'apprentis.

Gros écho médiatique 

Complété par un beau et intelligent catalogue, pensé pour le grand public, l'exposition surprend par la qualité de sa scénographie sur fond rouge brique, la justesse du propos et l'originalité des choix. En plus, elle attire du monde! Il faut dire que la presse a largement relayé l'événement, de niveau véritablement européen. Les magazines d'art, bien sûr. Mais aussi les quotidiens importants en la matière. Je pense au "Figaro" et à "La Croix". Je suis en effet au regret de devoir dire que "Le Monde", et surtout "Libération", ne jouent plus grand rôle en la matière... 

Il y adonc en chantier un grand projet pour 2015. En attendant, Cassel va s'engouffrer dans la brèche 1914 en illustrant, dès le 8 novembre, l'importance de l'image dans le conflit, de l'affiche à la carte postale en passant par le cinéma muet. Un joli sujet!

Pratique 

"Erasme Quellin", Musée départemental de Flandre, 26, place de Flandre, Cassel, France, jusqu'au 7 septembre. Tél. 0033 59 73 45 60, site www.museedeflandre.lenord.fr Ouvert du mardi au vendredi de 10h à 12h30 et de 14h à 18h, les samedis et les dimanches de 10h à 18h.  Photo (DR) Un fragment de l'"Europe", venue du Prado de Madrid.

Prochaine chronique le lundi 25 août. Les Journées suisses du patrimoine approchent. Elles auront lieu les 13 et 14 septembre. C'est déjà le moment de choisir dans quel canton aller ctte année.

 

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."