Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PEINTURE / Jamais deux Gustave Courbet sans trois

Cet automne, Genève et Bâle vont vivre une "Saison Courbet". Entendons-nous. Nous parlons de Gustave et non de Julien Courbet. Mort à La Tour-de-Peilz en 1877, le peintre franc-comtois formera le sujet de deux expositions. Ce n'était pas prévu au départ. "Si nous ne comprenons rien à ces mystères, feignons d'en être les organisateurs", disait Jean Cocteau. Deux initiatives isolées ayant pris conscience l'une de l'autre ont donc décidé de faire œuvre commune. D'où la publication récente d'un joli dépliant bilingue. 

Je ne vais bien sûr pas parler ici de deux rétrospectives, commençant les 5 et 7 septembre. Je dirai juste que la Fondation Beyeler restera généraliste. Entre 50 et 60 toiles raconteront le révolutionnaire de la peinture, qui possédait par ailleurs un sens aigu de la publicité. Le Musée Rath se concentrera, lui, sur les années d'exil. Accusé d'avoir encouragé sous la Commune, en 1871, l'abattage de la Colonne Vendôme, Courbet s'était vu condamné à payer sa restauration. Il passera ainsi quatre ans au bord du Léman. Quatre années moins malheureuses qu'on a bien voulu le dire, même si son atelier se transforma en PME pour faire de l'argent. Des petites mains multiplièrent les toiles du maître. Notons qu'une exposition au Salon du livre genevois, en 2011, avait déjà fait le point sur l'affaire. Mais nul n'aime à le rappeler en 2014.

"L'origine du monde" cet été à Ornans 

La Fondation Beyeler présentera notamment "L'origine du monde", tableau montré en public pour la première fois en 1995. Trop choquant. Ce sera la première fois que le tableau sortira de France. Il ne viendra pourtant pas de loin. Jusqu'au 1er septembre, il sert de point de mire au Musée Courbet d'Ornans, dans le Doubs, où est né le peintre en 1819. "Cet obscur objet de désirs" (le titre fait référence au film de Luis Buñuel, tourné en 1977) regroupe un certain nombre de pièces tournant autour du sexe féminin, dont "Le coquillage" d'Odilon Redon, pourtant très allusif. Il y a là du beau monde, d'Annibal Carrache à Ingres en passant par Louise Bourgeois et Marcel Duchamp. 

Je n'ai pas vu l'exposition d'Ornans et je le regrette. Mais le lieu se révèle inaccessible par les transports publics, ou presque. Allez-y. Le catalogue apparaît, sans vilain jeu de mots, très alléchant. Notons cependant que l'accès aux salles est interdit aux mineurs de moins de 16 ans non accompagnés. Les personnes à la sensibilité exacerbée se voient également priées de s'abstenir. 

Ceci m'amène à une grave question. Vu la vague grandissante de pudeur, qui censure tout sous prétexte de préserver la dignité de la femme et l'innocence (présumée) de l'enfant, jusqu'à quand pourra-t-on montrer en public "L'origine du monde"?

Pratique

"Cet obscur objet de désirs", Musée Courbet, 1, place Robert-Fernier, Ornans, jusqu'au 1er septembre. Tél. 00333 81 86 22 88, site www.musee-courbet.fr Ouvert tous les jours, sauf mardi, de 10h à 18h. Photo (Fondation Beyeler): Un paysage maritime de Courbet, peintre par excellence des vagues.

Texte intercalaire. Demain mardi 22 mai, comme prévu, le photographe zurichois Peter Knapp au château de Penthes.

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