Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PEINTURE / Fontainebleau se paie les têtes du baron Gérard

Il doit s'agir d'un première. François Gérard (1770-1837), fait baron par Louis XVIII en 1819, n'a sauf erreur jamais eu droit à une exposition, même si un musée de Bayeux porte son nom à cause de la donation de son neveu. L'homme fut pourtant célèbre, très célèbre, de son temps. On l'appelait "le roi des portraitistes et le portraitiste des rois". A juste titre, d'ailleurs. En 1814, pendant une seule journée, Gérard fit poser successivement dans son atelier Louis XVIII, le tsar Alexandre Ier et Frédéric-Guillaume de Prusse. 

Le château de Fontainebleau, qui conserve nombre de ses toiles montrant la famille de Napoléon Ier se pavanant avec des air de parvenus (il suffit de regarder Murat, qui régna quelques années sur Naples!), a organisé ce printemps une rétrospective. Elle contient nombre d’œuvres provenant de Versailles, où les salles historiques sont si peu souvent ouvertes au public qu'elles tiennent de la maison close. La sélection se limite au portrait, ce qui ne semble pas une bonne idée. L'artiste apparaît du coup répétitif et limité. Or Gérard se voulait aussi un peintre d'histoire et de mythologie, genres il est vrai moins rémunérateurs à l'époque. Son "Psyché et l'Amour" de 1798, visible en permanence au Louvre, vaut bien mieux que l'effigie officielle de la duchesse de Berry (1822), où la malheureuse, vêtue d'une robe bien raide, ressemble à une brebis sortant la tête d'un abat-jour.

Un parcours opportuniste

Gérard a pour le moins épousé son époque. Révolutionnaire extrême (il avait pensé à un tableau glorifiant le 10 août 1792), il devint ensuite le zélote de Bonaparte, puis l'artiste officiel de la Restauration. Il ne lui aura manqué que Louis-Philippe après 1830. Il lui est arrivé de donner de magnifiques portraits comme la célébrissime "Madame Récamier" de 1801 ou "L'impératrice Joséphine" de 1808. Mais le virtuose s'est vite laissé aller à la facilité, livrant des images porcelaineuses destinées à se voir répliquées par les petites mains de son atelier afin de décorer les bâtiments publics. Il faut parfois étouffer ses bâillements à Fontainebleau. 

A l'ouverture de l'exposition, incluse dans le parcours du château (qui propose parallèlement un hommage au peintre Ambroise Dubois, mort en 1614), un tableau ne trompe pas sur les limites du baron. C'est le portrait de l'artiste par son collègue et rival britannique Thomas Lawrence. Le métier trop sûr se voit ici remplacé par une fougue et une vigueur romantiques. Lawrence (1769-1830), comme l'a récemment prouvé la grande exposition de la National Portrait Gallery de Londres, c'est tout de même autre chose!

Pratique

"François Gérard, Portraitiste", château de Fontainebleau, jusqu'au 30 juin. Tél. 00331 60 71 50 70, site www.musee-chateau-fontainebleau.fr Ouvert tous les jours, sauf mardi, de 9h30 à 18h. Photo (DR): "Madame Récamier", 1801. Cette icône a été prêtée par le Musée Carnavalet de Paris.

Ce texte vient s'intercaler. Il est lié à celui sur le Festival de l'histoire de l'art, qui se tient en ce moment à Fontainebleau (voir plus bas). La suite comme prévu!

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