Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PEINTURE / Arnaud Tellier ouvre sa galerie à Morges

On l'a connu expert en horlogerie et directeur d'un musée privé genevois. Depuis plus d'un an, Arnaud Tellier voulait devenir galeriste. Dans la cité de Calvin, si possible. La chose ne l'était pas. Le Normand, «pur beurre, avec juste une mère flamande», vient donc d'ouvrir son local à Morges. Une jolie ville ancienne, qui se prête au commerce de tableaux du XIXe siècle et des premières décennies du XXe. Tableaux suisse, de préférence.

Pourriez-vous résumer votre parcours?
Je suis né en mai 1967. Mon père s'occupait de transports maritimes, mais c'était surtout un collectionneur. Il s'intéressait aux impressionnistes normands, le lien avec Monet étant établi par Lebourg. J'ai donc vu des tableaux depuis que je suis dans une poussette.

Avez-vous rêvé très jeune de devenir marchand?
Disons qu'à 7 ou 8 ans, j'avais établi une liste des métiers possibles. Je serais réparateur de montres historiques, directeur de musée, archéologue ou spécialiste des langues mortes nordiques. Les runes. Une partie s'est réalisée. J'ai étudié l'horlogerie en France, puis à La Chaux-de-Fonds. J'ai obtenu là-bas mon diplôme de «technicien en réparation d'horlogerie ancienne».

Comment êtes-vous arrivé à Genève?
Grâce à Jean-Claude Sabrier qui était le grand expert à Paris et à Genève. Il montait des ventes avec Osvaldo Patrizzi pour Amicorum, une maison qui avait plus tôt toutes les exubérances de Gabriel Tortella. J'y ai passé dix ans, de 1990 à 2000, avec un pied à Genève et l'autre à Hong-Kong.

Quelle est l'importance réelle de Genève pour le commerce de l'horlogerie ancienne?
Primordiale. Le centre est longtemps resté Londres. Genève s'est ensuite imposée avec Hong-Kong, la troisième place allant à New York. Aujourd'hui, Genève a franchement pris le dessus, grâce aux vacations de Christie's.

Vous passez ensuite au Musée Patek Philippe.
Il fallait une personne établie à Genève. Sabrier tenait à sa liberté. J'ai donc été amené à créer l'institution privée voulue par Philippe Stern depuis le cent-cinquantenaire de la firme en 1989. Je suis arrivé en cours de route, alors que les moquettes et les vitrines avaient déjà été choisies par Madame Stern. Il fallait étoffer les collections. Monsieur Stern s'intéressait aux automates genevois des années 1800 et aux montres émaillées. J'ai tenu à montrer des pièces plus techniques. Moins décoratives. Mais les deux choses ne sont pas incompatibles!

Vous y avez également passé dix ans...
Il y a eu un problème avec une personne qui devait collaborer avec moi. J'ai posé un ultimatum. La direction n'y croyait pas. J'ai quitté les lieux, sans qu'il y ait réellement eu brouille. Des lieux en attente d'un nouveau directeur. Mon successeur, Peter Friess, devrait prendre ses fonctions en 2014.

Comment avez-vous été amené à passer aux tableaux?
Quand j'étais enfant, je collais des affiches pour mes parents. Ils me donnaient un peu d'argent. J'ai fait mes premiers achats. Inutile de préciser que cette activité n'a pris sa vitesse de croisière que dans les années 1990. Je me suis retrouvé avec une collection tenant du stock. Il y a des choses que j'aimerais bien garder, mais cela restera difficile. Une vie de marchand est faire de ventes et de regrets. Que voulez-vous? Il me faut bien faire bouillir la marmite. Une grosse marmite. J'ai deux grands enfants d'un premier mariage et deux autres, plus petits, du second.

Vous avez d'abord voulu installer votre galerie, axée sur les années 1850 à 1950, à Genève...
Effectivement. J'aurais dû, à un certain moment, économiser pour acheter un local, que j'aurais loué en attendant d'avoir terminé une vraie carrière muséale. Les choses ne se sont pas passées ainsi. J'ai démissionné plus tôt que prévu. Il me fallait louer un magasin. A Genève, la chose s'est révélée impossible, à cause des loyers et des reprises de bail insensés. On m'a proposé un local dans une maison restaurée du vieux Morges. J'ai accepté juste avant que le marché genevois s'assouplisse...

Vous vous attaquez avec la peinture ancienne à un marché qu'ont dit difficile.
Je vends ce que je connais, mais je reste curieux de tout. Comme je vous l'ai dit, les œuvres que je propose correspondent à mes goûts, puisque je les ai acquises pour mon plaisir. Je peux toujours espérer qu'elles séduiront quelqu'un d'autre.

On vous a vu pour la première fois,l'automne dernier, au Salon des Antiquaires de Lausanne.
J'y montrais «le Léman et ses peintres», histoire de me faire connaître. J'ai couvert mes frais. Je devrais y retourner en novembre. Mais il me faut créer pour Morges une nouvelle exposition par mois, afin de renouveler l'intérêt. Je termine cette semaine «En attendant la plage», avec des peintres français maritimes. Après une petite pause estivale, je reprendrai en septembre avec le Léman. Puis il y aura la femme et la montagne. Je resterai thématique. Je prévois cependant aussi une chose sur la fin du XVIIIe siècle genevois.

Y a-t-il beaucoup de découvertes à faire pour la peinture suisse des années 1850 à 1950?
Sans aucun doute. Il n'est pas un canton romand où il ne se soit alors pas énormément peint. Tout n'est pas bon, loin de là. Mais il y d'autant plus d'artistes sous-coté que le prix moyens ont baissé depuis les années 1980. Nous défendons mal certains maîtres mineurs, contrairement aux Allemands ou au Autrichiens. Certaines valeurs me semblent en revanche surfaites. Pensez aux prix des paysages de Giovanni Giacometti! J'ai ici un excellent Abraham Hermanjat. Hermanjat a été le condisciple de Giacometti. Ses toiles valent vingt ou trente fois moins cher...

Pensez-vous pouvoir vivre de votre galerie?
Je l'espère! En attendant, je reste expert pour l'horlogerie ancienne. J'ai monté à son intention mon propre cabinet d'expertises.

Pratique

«En attendant la plage», galerie Arnaud Tellier, 36, rue Louis-de-Savoie à Morges, jusqu'au 27 juillet. Tél.079 747 20 20, site (très bien fait) www.tellier.ch Ouvert du mercredi au vendredi de 14h à 18h30, le samedi de 11h à 13h et de 14h à 17h30. Réouverture le 28 août. Photo (DR): Arnaud Tellier.

Prochaine chronique le mardi 30 juillet. Aix-en-Provence participe à "Marseille, capitale culturelle de l'Europe" avec l'ambitieux (et cher) "Le grand atelier du Midi".

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