Jacques Lemoisson Lastone

HEAD GLOBAL MACRO & ALTERNATIVE INVESTMENT CHEZ CBH BANK

Jacques Lemoisson a pris ses fonctions au sein de la Compagnie Bancaire Helvétique depuis septembre 2018. Il a acquis une expérience internationale sur les marchés des actions auprès de la banque d’investissement JP Morgan à Londres et Paris, puis une expertise dans la banque privée et la gestion d’actifs chez Lombard Odier, puis chez Banque Cramer au poste de CIO à Genève. Tout au long de sa carrière, Jacques Lemoisson a développé une expertise en géopolitique, ainsi que dans les Fintech et le Blockchain. Ce banquier est diplômé de l’ESTACA (Ecole d’Ingénieur Aéronautique).

Pax America en Europe en pleine tragédie grecque?

Les marchés européens ont passé ces derniers jours à défendre les supports techniques. 3330pts doit tenir sur l’Euro Stoxx 50 et le programme de ce mercredi pourrait faire rebondir l’indice européen (et les actions en général)... ou le faire plonger.

En effet, la Grèce et l’Ukraine sont au calendrier, et ce sera encore le 11ème jour d’un mois qui concentrera les attentions et les événements du monde (l’étude du chiffre 11 est d’ailleurs passionnante).

Il y a un peu plus de vingt ans, les USA avaient joué un rôle « pacificateur » en Europe, après que les autorités de la zone ont démontré leur incapacité à arrêter le conflit opposant Serbes, Croates et Slovaques. Le traité de paix marquant la fin de la guerre en ex-Yougoslavie fut signé sur le sol américain… Bis Repetita, alors que les Américains étudieraient l’envoi de 3Mds$ d’armes à Kiev, cette option ne sera activée qu’en cas d’échec des négociations d'aujourd'hui… Comme par hasard Merkel a rencontré Obama à la Maison Blanche pour... faire un état de la situation, prendre des conseils ou des "conseils" ???

Car clairement, les USA commencent à trouver les gesticulations européennes fatigantes, tant en Ukraine que pour la Grèce, alors qu’ils sont en passe de mettre leur économie sur les rails de la croissance durable.

Poutine a déjà déclaré qu’il n’y aurait pas de négociations avant certains prérequis… Les Américains mettent la pression, mais là encore l’Europe pourrait paraître divisée, si la Crimée et une partie de l’Ukraine sont « données ou rendues » à la Russie…

Selon un sondage publié lundi par le centre indépendant Levada, 81 % des Russes disent avoir une « très mauvaise» ou « plutôt mauvaise » opinion des Etats-Unis, soit presque deux fois plus qu’un an plus tôt. Environ 42 % des Russes jugent les relations entre Moscou et Washington « hostiles », contre seulement 4 % il y a un an. Le sentiment à l’égard des pays européens s’est également fortement détérioré, avec 71 % d’avis négatifs, soit deux fois plus qu’en janvier 2014.

La Grèce va être un autre point chaud aujourd'hui. Le premier ministre grec a présenté mardi son budget et ses réformes sociales… qui nécessitent des fonds que le pays n’a pas… sauf s’il renégocie sa dette.

Après avoir pris quelques coups par la BCE et l’Allemagne, la semaine dernière, Tsipras avait prononcé un discours plus vindicatif ce week-end devant son parlement. Le pays a besoin d’une solution concernant les 10 milliards nécessaires à son financement, ce qui ne résoudra pas la question sur les 300 MdsEUR de dette. Selon Bloomberg, le ministre de l’économie grec, Yanis Varoufakis, demandera à ce que le plafond d’émissions de bons du Trésor soit relevé de 8 milliards d’euros.

L’encours de billets de trésorerie grecs est aujourd’hui d’environ 15 milliards d’euros, soit proche du plafond actuel imposé par la Troïka. Le gouvernement solliciterait aussi le reversement de 1,9 MdsEUR de plus-values réalisées par les banques centrales nationales de la zone euro sur les titres d’Etat grecs achetés dans le cadre du Securities Markets Programme (SMP). L’excédent primaire pourrait être ramené de 4.5% à 1.5% et la restructuration de la dette reviendrait sur la table…

La Grèce va tenter d’augmenter sa capacité de générer de la liquidité à court terme et de se désolidariser du programme de Troïka… Tout un "programme" car toute " victoire " du gouvernement grec va dynamiser les partis d’extrême gauche en Italie et en Espagne…

Là encore les pressions américaines sont visibles. Obama a s’en doute tenté d’expliquer à Merkel que la stabilité politique européenne valait bien quelques petits milliards…

Suite à la mise sous surveillance négative de la note souveraine de la Grèce le 6 février, Moody’s a dégradé d’un cran lundi les notes de dette senior et de dépôt de long terme de Piraeus Bank (désormais notée Caa2), National Bank of Greece (Caa2), Alpha Bank (Caa2), Eurobank Ergasias (Caa3) et Attica Bank (Caa3). En outre, ces notes sont placées sous surveillance négative.

D’ailleurs, le ton monte entre Rome et Athènes. Au lendemain des « confidences » inhabituelles de son nouvel homologue grec, Yanis Varoufakis à la télévision italienne (RAI3), le ministre italien de l’Economie, Pier Carlo Padoan, a voulu remettre les pendules à l’heure à Istanbul. Non seulement il n’y a aucun risque de « banqueroute » italienne ou effet de « château de cartes » à craindre, contrairement à ce que son homologue grec a laissé entendre, mais il estime que le niveau de dette publique italienne (133 % du PIB en 2015), sera « de plus en plus supportable » sous l’effet des réformes structurelles. En outre, il n’exclut pas des « surprises positives » sur le front de la croissance…

Clairement les marchés sont prêts à fondre sur toute nouvelle positive tant en Ukraine qu'en Grèce, mais il faudra bien être attentif à la pérénnité des processus mis en place. Ce mercredi, nous aurons des communiqués positifs de la part des Européens envers la Grèce et l'Ukraine. Il sera souhaitable, avant de s'emballer, de bien intégrer la période et les conditions des accords négociés.

 

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."