Jean Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

Patrons, engagez des apprentis!

On aurait pu s’attendre à ce que la vigueur du franc ou la concurrence ou encore le prix élevé des matières premières figurent à la première place des préoccupations des entreprises actives dans l’industrie. Or, ce n’est pas le cas. 

Leur inquiétude prioritaire? Pour 71% d’entre elles, le recrutement et la pénurie de main-d’œuvre qualifiée constituent le risque numéro 1 pour leur avenir. C’est le principal enseignement d’une enquête publiée cette semaine à l’occasion des salons EPHJ (environnement professionnel horlogerie joaillerie), EPMT (environnement professionnel micro-technologies), SMT (swiss medical technologies). 

Ce sondage réalisé auprès de 300 patrons (trois-quarts en Suisse romande et un cinquième outre-Sarine) est à prendre très au sérieux à la fois par les acteurs de la branche et les responsables de l’éducation. Car les premiers (à hauteur de 89%) reprochent aux seconds de ne pas organiser les programmes scolaires en fonction du marché du travail. Cette critique est récurrente depuis de nombreuses années. Pourquoi l’école peine-t-elle à comprendre les exigences que posent les entreprises aux jeunes en formation? Offre-t-elle vraiment un bagage suffisamment pour affronter le premier emploi? 

L’âge moyen d’entrée en apprentissage (18 ans contre 16 ans il y a une trentaine d’années) est probablement révélateur des carences de l’enseignement obligatoire. Ses résultats, plus particulièrement dans les cantons de Genève et de Vaud,  ne répondent pas aux exigences des patrons. Ces derniers constatent des déficits de connaissance importants dans des matières prioritaires comme les mathématiques et le français. Et on ne parle pas de l’orthographe…Les chefs d’entreprise le disent clairement: l’école a failli. De même, les élèves ont de plus en plus tendance à rechigner devant l’effort qui, seul, permet d’avancer. 

En Suisse romande, le nombre d’adolescents qui se lancent dans un apprentissage est beaucoup moins élevé qu’en Suisse alémanique. A Genève, seul un quart des jeunes choisisse cette filière (70% au niveau national). L’obtention d’un certificat fédéral de capacité (CFC) n’est, à tort, ni suffisamment valorisée ni socialement reconnue. Ce phénomène affecte surtout les métiers techniques. L’apprentissage permet pourtant d’aller jusqu’à la maturité professionnelle, laquelle offre l’accès aux hautes écoles spécialisées. 

Les patrons interrogés dans le sondage reconnaissent d’ailleurs leur part de responsabilité dans le manque de main-d’œuvre qualifiée. 37% d’entre eux avouent n’avoir pas formé d’apprentis au cours de ces cinq dernières années. Or, l’immigration et les frontaliers ne suffiront pas à combler le recul de la population active dû au vieillissement démographique. D’autant que le peuple pourrait décider lors des votations prévues sur ce thème de fermer les frontières. Des entreprises aussi renommées que Bobst ont compris depuis longtemps l’intérêt de former des jeunes. Elles en récoltent non seulement les fruits, mais leurs investissements profitent aussi à l’ensemble de leur branche.

Patrons, engagez des apprentis! C’est un pari payant sur l’avenir de la place industrielle helvétique.

 

 

 

 

 

 

 

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