Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PATRIMOINE/Ronald Lauder roule pour la National Gallery

Les solutions existent, quand on sait les trouver. La National Gallery de Londres se demandait comment payer les 5 millions de livres nécessaires à empêcher un tableau de sortir du territoire britannique. Ronald Lauder a tiré le musée d'embarras. Le fils d'Estée (les parfums et les petits pots de crème) a décidé de s'offrir le tableau, lui qui est pourtant à la tête du MoMA et l'inventeur et propriétaire de la Neue Galerie, où est conservé le «Portrait d'Adele Bloch Bauer I» qu'il a payé 135 millions de dollars (1). Il s'agit en plus cette fois d'un panneau très ancien. Ce mini-retable, sur lequel sont peints plusieurs scènes religieuses, a été réalisé par Giovanni da Rimini, qui opérait entre 1292 et 1314. 

Quel est l'expédient utilisé, vu que Ronald Lauder vit aux Etats-Unis? Très simple. L'homme donne le chef d’œuvre miraculeusement conservé (on faisait de la peinture solide au XIIIe siècle) à la National Gallery. Il en aura seulement l'usufruit. Tous les trois ans, le Gionavvi da Rimini fera un petit séjour à Londres, avant d'y revenir définitivement à la mort du mécène. Il semble que l'idée ne soit pas inédite. Elle avait déjà été adoptée en 2004, si j'en crois "La Tribune de l'art", le journal en ligne. Il fallait alors fois maintenir en Grand-Bretagne deux paysages de Joseph Vernet, réalisés dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.

Trois problèmes français pour septembre

Deux choses pour terminer. C'est le duc de Nothumberland qui mettait en vente chez Sotheby's l'an dernier le Giovanni da Rimini. Sa Grâce ne se trouve pourtant pas dans la gêne. On lui prête une fortune de 400 millions de francs. Toujours est-il que le Giovanni da Rimini a été décroché des murs du château d'Alnwich, où il se trouvait depuis 1853. Un manoir que les jeunes lecteurs connaissent bien. C 'est lui qui incarne le Poudland des films d'Harry Potter. 

La seconde parenthèse vise à signaler que la France devra prochainement trouver des astuces de ce genre, même si le classement comme «trésor national» se révèle moins vite contraignant. Trois lots d'une prochaine vente Sotheby's Paris ont été classés par la ministre de la culture Fleur Pellerin, qui ne passe pourtant pas pour une flèche. Il s'agit du portrait de la duchesse d'Orléans par Élisabeth Vigée-Lebrun, de celui de Louis XIII par Philippe de Champaigne et de la comptabilité du château d'Amboise en 1495 et 1496. Le tout fera partie de la succession du comte de Paris, prétendant au trône de France, qui trouvera ainsi sa conclusion les 29 et 30 septembre. D'ici là je vous raconterai l'affaire. Au risque d'en choquer certains, je dirai déjà que la succession de Monseigneur a été plutôt rock and roll. 

(1) C'est l'histoire racontée dans le film «La femme au tableau». 

Photo (Sotheby's): Un fragment du Giovanni da Rimini, qui se présente comme un petit panneau en hauteur.

Texte intercalaire.

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