Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PATRIMOINE/Les ex-usines Olivetti d'Ivrea classées par l'UNESCO

Crédits: DR

C'est arrivé le 1er juillet, mais j'ai souvent un peu de retard. A vrai dire, peu importe ici, vu qu'il s'agit (à moins d'une déchéance) d'un acte définitif. Le complexe Olivetti d'Ivrea a été placé sur la World Heritage List de l'Unesco, qui se complète d'année en année. L'Italie se retrouve ainsi dotée d'un site classé de plus. Elle en possède maintenant 54. Record mondial, mais la Péninsule offrirait de quoi remplir dix listes à elle toute seule. L'Unesco tient cependant à conserver des critères d'originalité et non de qualité architecturale (quand il s'agit de biens immeubles et non naturels). Il en faut aussi pour tous les pays et tous les continents. Pas d'apparent favoritisme! La diplomatie oblige parfois à des acrobaties... 

Pourquoi Ivrea, petite ville industrielle des environ de Turin? Parce qu'il s'agit là d'un pôle de production maintenu de 1896 aux années 1990 par Olivetti. Une firme longtemps connue pour ses machines à écrire, dont la célèbre «Valentina» rouge dessinée par Ettore Sottsass en 1969. La maison a employé jusqu'à 20 000 ouvriers à Ivrea. Les bâtiments ont ainsi connu de nombreux agrandissements, menés à bien sous la gestion d'Adriano Olivetti (1901-1960). Ce dernier a notamment utilisé les architectes Luigi Figini et Gino Pollini dans les années 1930. Il y a encore commandité de beaux bâtiments rationalistes des années 1950. Un patrimoine aujourd'hui en friche qui se cherche un destin. Olivetti a fini, après la rapide numérisation du monde, par se voir racheté par Telecom Italia.

Bombay colonial sauvé

C'est le premier ensemble essentiellement construit sous le fascisme à se voir classé. Il y aurait sans doute des problèmes politiques si l'on classait une ville comme Latina, créée par Mussolini en 1932, ou les centres urbains alors développés à Brescia ou à Bergame. Ivrea peut en revanche sans problème s'inscrire aux côtés de La Chaux-de-Fonds ville horlogère. C'est un témoignage d'une époque faite d'usines, de production en gros et pourtant de travail à la main. 

Ivrea n'a pas été seule à se voir admise fin juin ou début juillet par l'Unesco (qui a par ailleurs recalé Nîmes, j'y reviendrai). Il y a eu dix-neuf autres sites, dont neuf en Assie, quatre en Europe, trois en Amérique et un en Océanie. Parmi les choses connues, je citerai la Medina Azhara, ville omeyyade médiévale abandonnée près de Cordoue ou les volcans (éteints pour le moment) d'Auvergne. L'Unesco a aussi retenu un patrimoine particulièrement menacé. Il s'agit de celui de Bombay colonial, avec ses monuments néo-gothiques ou de style Art Déco conçus par des Anglais. Il faudra là se montrer vigilant. Désormais une arme de protection existe.

N.B. Le magasin Olivetti de la place Saint-Marc à Venise est aujourd'hui géré par le FAI ou Fondo per l'Ambiente Italiano. C'est l'un des chefs-d'oeuvre de Carlo Scarpa des années 1950.

Photo (DR): L'une des usines Olivetti à Ivrea.

Texte intercalaire.

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