Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PATRIMOINE/Genève a acquis un portrait d'Ingres

L'honneur est sauf! Mercredi 10 décembre, le Musée d'art et d'histoire (MAH) genevois était présent dans la salle de l'Hôtel des Ventes, dont il ne connaît ordinairement pas trop le chemin, pour la vente des tableaux et dessins. On y dispersait, comme je l'ai déjà signalé, l'héritage d'Olivier Reverdin, dont les archives Dufour ont par ailleurs été données à Genève. Il y avait là quelques bijoux de famille, en attendant la collection de vases grecs, dont la dispersion est prévue pour mars, au même endroit. 

Le "Portrait de Gédéon Reverdin" par le futur baron Gérard, exécuté en 1796, est parti à 91.000 francs au lieu des 30.000 à 40.000 espérés. Ce ravissant panneau sur bois séduisait beaucoup un grand marchand parisien, qui a couru venir le voir. Sans doute est-ce lui qui l'a emporté. En revanche, le dessin d'Ingres montrant Gédéon Reverdin vingt-sept ans plus tard, a été acquis pour le Cabinet des arts graphies du MAH. Coût: 66.000 francs. Il faut dire que cette feuille, exécutée à Florence en 1823, complète admirablement la série de gravures de cet artiste local, présentée au public lors d'une bonne exposition de 2007. "Nous sommes ravis d'avoir acquis ce joli dessin, important pour le patrimoine genevois", a déclaré l'émissaire venu enchérir sur place.

La lettre qui fait mouche 

Cette excellente nouvelle nous console un peu d'une année singulièrement terne pour l'institution, où rien ne bouge. On peut d'ailleurs se demander si les amis du projet Nouvel ne lui portent finalement pas tort. Les bras m'en tombent (comme à la Vénus de Milo) à la lecture de la lettre ouverte de Sylvain Thévoz, parue dans deux journaux locaux. Je ne résiste pas au plaisir de vous en communiquer le contenu pour voir jusqu'où peuvent aller les dérapages populistes. 

"L'essentiel, et ce dont on n'a encore trop peu parlé, c'est du projet culturel. Ce musée nous fait rêver, c'est un moteur pour Genève, l'opportunité unique d'exercer une muséologie novatrice, avec une ouverture bouleversant la Cité. Les beaux-arts ne sont pas réservés à une élite, comme la Vieille Ville l'est aux pédants qui interdisent aux prostituées de travailler aux abords de l'Eglise Russe. Le MAH sera une usine de production, une ruche créatrice d'échanges, de liens et e richesses. Le public? Ce sont les gamins de la Jonction, les ados de la Servette, des touristes étrangers ou les aînées des Eaux-Vives, un lieu où l'art sera accessible, gratuit et fruit d'un savoir-faire local. Oui aux Vallotton, aux Soulage (le "s" manque), aux Picasso, aux mouvements horlogers rares, oui aussi aux ateliers de dessins, aux machines à hot-dog et au bal musette, aux sessions de play station et soirées pyjama aux nuits du jeu et de répétition pour performeurs et danseurs." 

Le saute le reste du texte pour ajouter une question. Elle est dans quel état, au fait, la moquette de Monsieur Thévoz, à force d'avoir été fumée? 

P.S. La session de ventes, en partie vouée aux objets russes, a rapporté 4,3 millions de francs. Le pourcentage des œuvres vendues excède le 80%.

Photo (Hôtel des Ventes): Le portrait de Gédéon Reverdin par Ingres, fait à Florence en 1823.

Texte intercalaire.

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